dimanche 6 décembre 2009

Démonstration édifiante de mon absence de colonne vertébrale

Retour vers la maison où il n’y aura rien à manger et, plus grave, pas de vin pour décompresser de ma journée ni de café pour me remettre à flot demain matin. Il faut donc me résigner à faire un détour par le Provigo en pleine heure de pointe.
Je pourrais aussi choisir le Métro Chèvrefils, où nulle part ailleurs à Montréal je n'ai pu voir autant de beaux mecs au pied carré en 15 minutes. L’art de joindre l’utile à l’agréable : tâter des aubergines tout en pratiquant le regard oblique…
Ils sont où en temps normal, ces Adonis Montrealis? Apparemment avec la chick et les deux enfants qui suivent derrière.

Oh ! OK…S’cuse me, P-A-P-A…. Je viens de perdre tout intérêt là, j’sais pas pourquoi…

Tout compte fait, Provigo est un meilleur choix puisque la SAQ Express est juste en face. J’y cadenasse mon vélo. Le jeune sans-abri, sans dope, sans clopes, sans ambition, sans gêne, assis sur une couverture devant la porte me demande si je ne fais qu’un rapide aller-retour.

-Je pourrais tchécker ton bike. T’as pas besoin de le barrer. Le mien y’é juste là. Je viens d’mettre des gros tires d’hiver dessus…

-C’est gentil. Mais je vais à l’épicerie avant.

Il batifole avec le joyeux clebs d’un client en train de choisir sa pastille de goût « fruité et vif », « fruité et léger » ou « aromatique et rond ».  Vive les bonnes intentions de la SAQ,  mais l'option « rêche et vomitif » pour reconnaître la piquette m'aiderait davantage à mieux gérer mon budget.

Ça va vite au Pro. J’entasse le fromage, le sac de chips, la baguette, le brocoli, les champignons, le yogourt, le jus, le café et le persil dans ma sacoche à vélo de couleur bleu piscine sale, franchement dégueulasse, délavée et pleine de boue séchée. Je l'accroche au vélo.  Je n’ai pas envie d’entrer à la SAQ avec ça. Y’a quand même des limites à faire dur…

Je demande à mon brave itinérant volontaire d’y jeter un œil le temps de choisir mon rouge.

-Pas de problème, j’te check ça…

Je choisis rapidement un syrah espagnol qui a passé « 8 mois en barriques neuves de chêne français ».

‘Sti que ça dû être long quand même… Huit mois enfermé dans un français…

Seize dollars et je sors. La couverture est par terre, pas de gardien, pas de chien. Il n’a pas tenu sa parole, le merdeux. Je force un trou dans ma sacoche pour entrer la bouteille. En sacrant contre ce mongol, j’enfonce ma tuque par-dessus mes oreilles, j’enfile mes gants….

Qu’il ne se pointe pas avant que je sois partie, le sacrament. J’ai $50.00 d’épicerie là-dedans. Tu peux l’oublier ta piasse mon esti de sniffeux d’colle…Faudrait que tu me passes sur le corps avec tes kriss de tires à neige.

-Hey ! S’cuse moé. J’avais trop envie de pisser. J’ta pu capable. Folait que j’y’ale. J’m’excuse…

-Ben oui, où que t’étais, cibole? La prochaine fois si tu me fais ça, c’est toi qui va me donner deux piasses.


Je lui ai donné un dollar…

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Décompresser v.i. Fam. Relâcher sa tension nerveuse, se détendre après une période d’anxiété ou de fatigue

Clebs ou Clébard n.m. Fam. Chien

Dégueulasse adj. Très fam. Dégoûtant.

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Conserver la facture : demande de remboursement à la SAQ si bouchonné...

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dimanche 22 novembre 2009

Deux "looseuses", le samedi soir

J’aime aussi me rendre à l’épicerie le samedi soir, de préférence dans l’heure qui précède la fermeture. Vide sanitaire et silence salutaire. On entendrait le sac de pain tranché glisser peu à peu du dos de ses confrères, la moitié de la miche dans le vide, comme un gars saoul qui tangue. Avec un peu de chance, une bonne âme le remettra à sa place, le choisira pour demain ou bien, malédiction, il terminera son saut dans le vide par un double boucle piqué suivi d’une chute fatale sur le terrazzo.
Un examen rapide des lieux me fait évaluer le nombre de clients à dix affamés et cinq assoiffés, tout au plus. Dans la rangée des biscuits, une grosse femme en culottes grises fait son choix. Grosse, comme dans obésité morbide. Fait-elle souvent son épicerie tard le soir pour éviter les regards, les sourires moqueurs et les farces plates? Quand on est fragile, les railleries nous passent sur le corps comme un train rempli d’explosifs, c’est suicidaire…

Je suis au centre de la rangée, elle est au bout et cherche judicieusement les meilleurs biscuits. Elle en veut pour son argent, alors elle lit les étiquettes. Combien de biscuits dans un sac… y’as-tu épais de crémage… poids total… quel prix…. Tant de choses à considérer.

Tout en m’approchant, ma profondeur de champ s’agrandit et je vois briller les caisses de broue loin derrière elle.
Faut pas que j’oublie mon six-pack d’Hoegaarden…

Je ne peux m’empêcher de scruter le contenu de son panier du coin de l’œil. Chips, saucisses à hot-dog, fromage en tranches, crème glacée, cinq gros Coke diète, du papier alu, des carottes, le Elle Québec « spécial hommes»  avec Patrick Huard sur la page couverture.
Je me rapproche tranquillement de son univers et de mes biscuits préférés. Je lui fais face. Je la regarde. La gaffe! Je lui fais un sourire niais. Elle me répond avec un air de beu. Je pense qu’elle vient de réaliser que je suis dans son aura depuis un bon moment et que, cachée derrière mon sourire de pouffiasse, j’ai dû scanner tout son inventaire et rendre mon jugement implacable : elle est grosse parce qu’elle mange ses émotions en sacs de biscuits..

Je l’ai vexée. C’est certain. Je ne viendrai plus jamais le samedi soir, je le jure. Merde de merde…je suis si gauche, si maladroite. Tout le temps. Je fais tout, tout, tout, tout croche. Si je tente de me racheter en lui parlant, ce sera mille fois pire, je le sais. Gaffe sur gaffe. Faudrait qu’on m’ampute les cordes vocales, pour la suite et le salut du monde…
Je ne veux pas faire de peine à ma mère mais je pense que son choix de défaire sa valise et d’accoucher à la maison m’a nuit considérablement. J’ai dû manquer d’oxygène et mon discours souffre d’incohérence. Je ne devrais avoir aucun rapport avec l’alphabet. Ça urge. Devenir une illettrée sans espoir de rémission est impérieux…

Me voilà devant mes biscuits aux amandes Jules Destrooper. Elle me regarde. Je vais la vexer encore car je choisi les plus chers sous ses yeux. C’est réussi. Elle me fusille du regard et ma grande gueule se met en branle.

-C’est pas ce que vous pensez. C’est juste qu’ils sont mes préférés pi c’est par hasard qu’ils sont belges, que les belges sont les meilleurs biscuitiers au monde, qu’il y en a pas gros dans une boite et qu’ils sont super chers….Faut pas croire….Moi aussi je mange mes émotions, à la différence que ça dure moins longtemps avant de voir le fond du paquet et que ça me coûte plus cher qu’un sac de Choix du Président. Tout comme vous, je ne serai pas satisfaite tant que je n’aurai pas vu le dernier biscuit. Je suis aussi obèse que vous, vu d’même… Mon cholestérol émotif est dangereusement élevé. On est pareilles. Je veux juste vous prendre dans mes bras pi vous étouffer d’amour avec un gros câlin….
Au fait, avez-vous déjà lu Le Chat. Il a dit « Chez les gros, il y a plus de place pour la beauté intérieure que chez les autres ». C’est beau vous trouvez pas??
Elle pousse son panier brusquement.

-On peut pu faire son marché tranquille krisse…

-Madaaaaaaaaaaaaaamme, reste ici, je t’aime. Tu m’émeus. C’est juste que moi, demain, je vais grimper sur mon vélo stationnaire et pédaler 20 km à fond. Mais j’ai pas le choix. Je souffre d’insomnie. Si je ne me défonce pas sur mon vélo, je dors pas. Et puis du coup, je garde ma ligne, mais c’est tellement pas mon but, je vous le jure. Je veux juste dormir…Je serais aussi grosse que vous si seulement j'arrivais à dormir…

Ta gueule, ma grande. Ta gueule….


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Malédiction n.f. 1. Litt. Action de maudire 2. Sort hostile auquel on semble ne pouvoir échapper ; fatalité.

Obésité n.f. Excès de poids par augmentation de la masse adipeuse de l'organisme

Émotion n.f. Trouble subit, agitation passagère causés par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie, de colère, etc.

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Ajouter sur ma liste d'épicerie :  Insultes potagères : patate, concombre, légume, poire...



dimanche 15 novembre 2009

Orientation professionnelle et personnelle

Longtemps j’ai répondu « Hygiéniste dentaire » aux professeurs, aux adultes, aux mononcles, aux diseuses de bonne aventure et aux désorienteurs scolaires qui me demandaient ce que je voulais devenir plus tard.

Trop bien élevée pour répondre un rhododendron, un thermomètre rectal ou un slip pour homme, j’articule lentement et fièrement ma réponse : « Hygiénisssse dentaire ». Pire, j’y crois vraiment. Mon sourire épanoui à l’idée d’un avenir à observer le mouvement dégoûtant des luettes au fond des palais, à scruter des alignements de dents pourries, croches et mal nettoyées réussirait à convaincre le dernier des incrédules. Pourtant rien ne m’y prédisposait, puisque la fée des dents m’a dotée d’un ivoire impeccable qui n’a connu comme seule torture que la pose de broches pour mettre un terme à ma bruxomanie. Impossible donc, de me reconnaître au travers de la quincaillerie d’un cabinet dentaire puisque je n’y ai jamais mis les pieds. Aucune logique qui tienne ici. Alors quoi? D’où me venait cet appel vers la vocation dentaire alors que tant d’autres choix collaient davantage à ma personnalité. Réservée, timide, gauche et mal à l’aise en représentation, l’idée de créer, d’être jugée et éventuellement rejetée, me terrorise encore aujourd’hui.  Je devais plutôt choisir de faire oeuvre utile, sauver quelqu’un, quelque chose… Mais pourquoi vouloir sauver des bouches menacées par la putréfaction?

Parmi les caractéristiques personnelles requises pour être une bonne candidate, il faut «aimer manipuler ou utiliser des objets inanimés ». Cochez oui. Voilà l’argument massue pour renforcer mon idéal d’avenir, un objet ou un corps humain inanimé c’est la même chose pour moi et en prime, j’adore manipuler. Dominer les corps immobilisés et horrifiés par le son de la fraiseuse me donne des frissons de bonheur. Je m’en confesse sans gêne, obliger les patients à répondre à mes questions débiles, malgré l’aphasie temporaire à laquelle je les soumets avec mes instruments, ajoute une plus-value à la joie de signer quotidiennement mon relevé de présence au bureau.

-Avez-vous passé un beau week-end, monsieur le patient ?

Actionner immédiatement l’éjecteur de salive pour enterrer sa réponse

-E sé as, sé as su sun fim a hai onssen..

-Pardon ? Vous disiez ? Le bruit, excusez-moi….

-E É PAS, È PAS U SUN FIM A HAI ONSSEN.

OK. Whatever…Rien compris…

-Prêt pour la piqûre dans la gencive ? On reste bien immobile….

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Rhododendron n.m. Arbuste des régions tempérées de l’hémisphère Nord, dont certaines espèces sont cultivées pour leurs grandes fleurs ornementales

Rectal adj. Relatif au rectum

Bruxomanie n.f Tendance à grincer des dents

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Nota bene : Inutile de téléphoner à l’Ordre des dentistes du Québec.

vendredi 6 novembre 2009

Soeur Rosetta en prescription

On a tous vu le Fabuleux destin d'Amélie Poulain et ce court extrait noir et blanc de la chanteuse de gospel qui rocke son solo de guit' avec une attitude de bum en culottes de cuir (à 1:25 pour les pressés)


Sister Rosetta Tharpe


Un peu de perspective historique, de grâce. On est dans les années 50 ou 60, n'est-ce pas? Des femmes de preachers évangélistes qui jouent de la guitare électrique, les pieds bien campés au sol, il ne devait pas y en avoir des masses... You go Sis'...Rien à krisser des curés...

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Post-it: Amélie, pas Amylie. Poulain, pas Marie-Chantal. Film de fiction, pas réalité...


lundi 2 novembre 2009

Tous prêts pour la déprime?


Dites-moi, est-ce qu'on y est? En novembre ???

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Novembre n.m. (du latin novem, neuf, l'année romaine commençant au mois de mars). Onzième mois de l'année.

Dire v.t. (lat. dicere) 1. exprimer au moyen de la parole ou de l'écrit; avancer, affirmer, raconter 2. Formuler sa pensée, sa volonté; inviter à, demander.
3. Indiquer par des marques extérieures; signifier, révéler.

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Mon conseil d'amie : au minimum, deux épaisseurs de bas dans les pieds. Ajoutez ce que vous voulez, pourvu que ça fasse du bien.

dimanche 1 novembre 2009

Homme cherche femme

Mon ami Bertrand B. a fait la rencontre d'une amoureuse potentielle. Ils se sont croisés pour la première fois hier pour un café d'après-midi. Enrhumée, après deux journées alitée à ingurgiter du Néo-Citran, elle affirme ne plus être contagieuse et tient mordicus à être présente au rendez-vous. Persuadé qu'il est dans la mire du gros méchant H1N1, Bertrand s'est juré de traîner une mini-bouteille de Purel et de refuser tout partage de ses ustensiles avec la promise. Si d'aventure elle insistait pour partager une bouchée, il l'enverrait chier, tout simplement. C'est direct mais ça ne laisse aucune place au compromis. Elle pourrait être insultée et quitter précipitamment. Soit... La santé prévaut.



Mets-toi z'en plein la gueule si vous décidez de frencher, lui ai-je recommandé.



La rencontre fût fort agréable. Ils se sont laissés au coin de Mont-Royal et Jeanne-Mance et, au moment de la bise sur les joues et du "c't'ait l'fun, on remet ça?", ils se sont tous les deux empêtrés dans la direction que la tête doit prendre pour atteindre la joue et finalement ce sont les lèvres qui se sont rencontrées...Oups!!! Elle a le rhume. Merde! Je vais le pogner c'est sûr.

L'instant fatidique aura duré à peine deux secondes. Juste assez de temps pour réaliser que ses lèvres étaient délicieuses.

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un baiser furtif peut mener droit au lit...

samedi 31 octobre 2009

Vik


Le sable de la plage de Vik est noir, la mer est agitée, il fait froid en août et le brouillard enrobe une cathédrale.


J'inaugure ce blogue avec mon coup de coeur de l'été 2009:  l'Islande, pays de glace et de feu. Mesclun : Amalgame d'iceberg(s),  allusion à ces petits iceberg zen sur l'eau limpide du lagon de Jokulsarlon qui vivent ensemble mais séparés, comme les "post" qui feront partie de ce blogue.



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