vendredi 17 décembre 2010

Rire en bottes


Maintenant que j’ai des bottes neuves, je n’ai plus rien à craindre de tes creux, de tes fronts et de tes courants-jets.  Je me livre à tes canines nordiques qui s’émoussent déjà au contact de ma résistance. Tu peux survoler les Grands Lacs et claironner ton arrivée autant que tu voudras, je hisse le thorax en poussant des petits gémissements irrépressibles, assise à califourchon sur tes systèmes instables, aussi excitée qu'une mouche sur un bloc de marbre brut.  En pure perte, tiens-toi le pour dit, tu finiras ta saison sur les gencives.
Tu ne paralyseras pas le moindre de mes pores, hiver, car je suis prête pour l'affrontement, la tuque tirée jusqu’au menton et la tête poussée au fond du capuchon.  Dans mon isoloir de plumes et de poils,  sous tes cieux bleus séduisants et trompeurs de bord en bord, mon rire rivalisera de blancheur avec ton grand couvre-plancher en hermine miteuse.
Mes muscles seront tendus et cassants mais je n'ai pas peur d'apprendre jusqu’où la douleur peut aller, animée par le désir de ressentir dans mes entrailles bénies, l’héritage matrilinéaire de celle qui a enfanté un bébé auréolé dans une cabane en bois de grange, réchauffée par un âne, un boeuf et pas de truie.
Ployer, certes, mais bonne chance pour me casser, mon vieux.

Je ne t’ai jamais beaucoup aimé mais je t’ai enduré, la morve au nez et les amygdales en feu, en bottes de ski-doo, en patins de fantaisie, en bottines de ski, en mocassins, en cuirette perméable, en running shoes, en crampons, en Doc Martens, en Blundstone, en cuir, en vinyle, en plastique, en caoutchouc, en loup-marin, en nubuck.  J’ai enveloppé mes pieds dans des sacs à pain et du papier journal, les ai saupoudrés de poivre de cayenne et de piments broyés.  J'ai ajouté des semelles en minou, en pitou, en caribou.  J'ai acheté des calorifères de poche et des bas testés sur les banquises par des ours polaires, des mitaines portées par des manchots empereurs.  J’ai porté des bottes par-dessus d’autres bottes.  Je sais tout ce qu’il faut faire, alors cette fois-ci j’ai l’intention de me jeter dans tes congères, en dépit de ton intention sincère de me faire suer, façon de parler. Tu peux cocher la case à côté du mot échec car je vais t'aimer sans coup férir, te licher la face et me coller la langue sur ton beau grand suit en glace.  Liche liebe dich.

Tu veux ma peau?
Oublie ça
Je mourrai en été




dimanche 5 décembre 2010

demande légitime


permis 
     qu'un corps
     étranger
     se dessine
un ton
des ondes
      une manière
      de voir
un air
d'allié
      une façon de trahir
      l'armure scrupuleuse
      derrière des paupières de dentelles
une grande beauté
      cachée malhabile
      sous l'impudique
      drap de la marée basse
                         les pieds dépassent
permis
      les nuages à la pelle
      les châteaux de sable
      la vie en rose 
      et les fleurs bleues 
permis
      le voeu
      qu’un jour
      un seul
      un seul
      se prenne à son jeu

samedi 27 novembre 2010

nue si dévoilée


Elle pousse un pousse-pousse
déchire l'air à bride abattue
courbée, surplombante,
rassurante mais affolée
mère bancale bienveillante
suppliant de ne pas pleurer
Tout va bien aller, bébé...
Mes yeux, trop loin des siens
ne voient d'enfant
que la forme infortune
de ce landau sale et vide
offert en otage à la calamité
Le friable s'effrite, c'est la loi du précipice
Elle louvoie dans la foule
transcende l'humiliée
Celle qui pousse, pousse sans relâche
Tant que les roues rouleront
nous roulerons
dans la voie de l'évitement
mon enfant
Et si nos pieds avancent
nous ferons en sorte
qu’ils ne sachent plus où aller
Ses semelles de battante claquent
comme des sandales en été
Mais ce ne sont pas des sandales
ces souliers brisés
Mais ce n'est pas l'été
Ce n'est pas un pousse-pousse
Ce n'est pas un bébé
Elle, c'est Hallucinée
Une autre femme perdue
une autre femme voilée

vendredi 12 novembre 2010

Party girl

Dehors ça sent l'ozone nostalgique, le bois de foyer, les larmes salées et la cire de chandelle 
Une seule envie : fendre l'air et puis rentrer


Buvez-la à ma santé


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dimanche 24 octobre 2010

le trou

sur la faille
maison de paille

le hlm craque 
l'antenne reste droite
de grands filets de métal 
captent des paraboles
et blessent les papillons
tu maugrées contre la mosquée
“Ça coule fort en bas!”
“Déneige ton balcon!”
boulevard de l’Acadie
les cafards courent
maudits taudis, maudites tours
salles de bains humides
néons qui scintillent
pourtant
le temps est au beau 
mais
le trou revient tout le temps
enduits à reboucher
ciment et pigments
le cafard attaque au coeur
la punaise pique où elle veut
mais le sang coule toujours
entre les deux yeux
boulevard de l’Acadie
le trou revient tout le temps
enduits, ciment et pigments
“Ta musique est trop forte”
“Ferme ta crisse de porte”

beauté du temps 
sur trou béant

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mercredi 20 octobre 2010

En d'autres mots - Geneviève Letarte

VIES BRISÉES

Toutes les vies sont des vies brisées
Même celles des femmes qui ont des enfants

Toutes les vies sont des vies brisées
Même celles des hommes qui ont une famille

Toutes les vies sont des vies brisées
Même celles des amoureux
Qui marchent en se tenant par le cou

Toutes les vies sont des vies brisées
Et à cela je ne m'habitue pas



Tout bas très fort  Écrits des Forges, 2004
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dimanche 10 octobre 2010

Comme...

une vis rouillée plantée dans le genou
les griffes acérées d’un chat dans la joue
le contenu du porte-poussière dans l’œil
les ongles qui scratchent la craie du tableau
de la garnotte dans les souliers
un apthme géant dans la bouche


j'ai envie de pisser depuis 2 heures pi y'a pas de toilettes autour


dimanche 26 septembre 2010

vendredi 24 septembre 2010

lundi 6 septembre 2010

Rejet

J'ai déposé mon sac de recyclage sur le trottoir et, en validant le contenu une dernière fois avant de me retourner, j'ai eu un gros doute à propos de mes cahiers spirale.  
"Hmm... À mon avis, ils ne doivent pas recycler la spirale du cahier spirale. Trop complexe. La broche frisée trempée dans le plastique pourrait contaminer 100% de la totalité de l'ensemble du tout."   La crainte. Bon sang!!...

Cette pensée me trouble.  Et si, au moment où tombera le verdict final des employés du centre de tri, le contenu complet de mon sac se retrouvait au dépotoir à cause de ma négligence à déspiraler la spirale? Ce serait vraiment trop bête.
J'entends au loin le camion qui s'amène. Je dois agir presto afin de faire offrande à l'environnement d'un sac de recyclage irréprochable et complètement transparent.
J'ouvre le sac et me hâte à déspiraler les spirales de mes cahiers spirale.  Je suis complètement focus ; je suis… comme qui dirait, dans le moment ; je suis…. tricotée serré aux structures mentales de ma concentration ; "je suis…. totalement Carpe Diem...", comme le clament naïvement les psycho-popeuses du boulevard Taschereau qui veulent cruiser en pensant impressionner, rejetant stratégiquement du revers des grands mots le coeur d'or des "pas culturés" qui ont fait le programme professionnel court. Parait qu'elles peuvent pousser l'audace jusqu'à faire croire qu'elles adorent dormir en cuillère, "ça favorise le dialogue..."
Foutaise!  Même le boss de Matelas Bonheur n'y arrive pas.  Qu'est-ce que les filles peuvent en raconter des niaiseries pour se pogner un mec qui, après un an de vie commune avec cette carpe, devra faire chambre à part car elle ne supporte plus qu'il flatule sous son duvet en plumes d'oies.  On peut reprocher mer et monde à l'uomo mais lorsqu'il s'amène, proposant sans vergogne : « Viens par ici poupée, fourrons avec intensité et passons ensuite aux choses sérieuses comme un voyage de noces à Vegas et le reste de nos jours à Saint-Sauveur...», on sait alors exactement à qui on a affaire. En trente secondes top chrono, on reçoit un instantané hyperréaliste des 25 prochaines années en excellente compagnie.  Un monument d'honnêteté, rien de moins.


Quoi qu'il en soit, "diem" ou "pas diem", je suis d'opinion qu'une carpe ça l'air gnochon. Dans l'univers artificiel, yet fascinating, de la pisciculture, quel poisson d’eau douce a l’air plus hébété qu’une carpe ? Étrangement, les poissons aux lèvres charnues ont toujours l'air plus épais que la moyenne des bêtes aquatiques.  Moi qui suis jalouse d'Angelina, j'aimerais bien que les récipiendaires de lèvres pulpeuses soient des rejects de temps à autre. La vie est trop facile pour eux. Faudrait qu'y souffrent. L'humain se prosterne avec autant de facilité qu'il offre des standing ovation. 
Même chose pour ceux qui ont de jolis noms : un laissez-passer trop facile pour la vie. Voyez ce jeune homme qui observe d'un air faussement détaché la réaction des passagers de l'autobus bondé, alors qu'il clame tout haut son nom au cellulaire : "Oui bonjour, ici Samuel Saint-Martin Vaugeois à l'appareil....." Inconsciemment on ajoute quelque chose comme "grand fondateur du Bas-Canada" et on lui accorde spontanément plus d'attention que s'il s'appelait Michel Fortin.  Pourtant si ça se trouve, Michel a bien plus à offrir au monde que ce petit frais chié aux joues encore roses de son expulsion extra-utérine.


Fin de la parenthèse

Je continue à déspiraler avec méthode et célérité un vieux cahier Hilroy tatoué de ronds de café lorsque je sens une présence devant moi. Mes yeux se posent sur les chaussures, des Converse orange. WowOuch !!!  Mais qui donc habite ces joyeuses chaussures et ce jeans d’un bleu indigo inspirant la complémentarité, l’équilibre et le bon goût? J’ai passé l’âge de m’évanouïr devant le prince charmant, mais si la fleur bleue poussait encore dans mon jardin - qui a évolué depuis nombre d'années en champ de cailloux - je vous jure que je m'ouvre le crâne, drette là, en m'écrasant sur le bitume :  des yeux d’une profondeur inouïe, des lèvres charnues et un sourire à faire damner l’incarnation du diable. Prudence! J'ai connu jadis un mec avec des yeux du même bleu.  Les yeux d'un malamute. Toujours se méfier des malamutes. Des chiens.

-Vous déspiralez vraiment des cahiers ou bien j’ai la berlue ?

-Euh, ben ouiiiiii, je déspirale, en effet.  J’ai l’air ridicule, hein ???? dis-je en clignant des yeux comme une gonzesse.  Une véritable p'tite chienne chihuahua exorbitée.

-Mais non, pas du tout.  En fait, je suis sous le choc car j’ai le même hobby que vous, je collectionne aussi les spirales de cahiers spirale et je n’hésite jamais à ouvrir les sacs de recyclage sur le trottoir pour ajouter une nouvelle pièce à ma collection.  Je fais de cette quête quotidienne un rituel de joie, d'exaltation et d'épanouissement. J’en ai 3000 à ce jour, vous en avez combien, dites-moi?  On va prendre un café?  Une crème, un sucre?

Cet homme est un dérangé !!!  Au secours !  Qu’est-ce que je lui dis ? Que ce n'est pas mon hobby? Qu'il trouvera mieux que moi sur le boulevard Taschereau ou au Salon des reptiles? Que je dois aller plier du linge, laver la vaisselle, nourrir le hamster? Parce que, checkez ben, y’é vachement beau, le malamute...
Est-ce que je fais semblant d’être intéressée, d’être une véritable experte-collectionneuse de spirales et j'accepte le café « tout en discutant de notre soi-disant passion commune »  ou bien je pivote sur mon axe et rentre sagement à la maison?  Le temps presse, le camion vient d'amorcer son virage à gauche pour s'engager sur ma rue.  J'en suis à mon dernier cahier à déspiraler. Je regarde le camion, je regarde le mec, je regarde le camion, je regarde le mec, je regarde le camion, je regarde le mec, je regarde le mec, je regarde le mec.  Je lui accorde trop d'attention parce qu'il est beau.  Je ne lui demanderai certainement pas son nom, déjà qu'il a des lèvres charnues...


-Excuse-moi, lui dis-je en pleine crise d'apnée nerveuse, je fini de déspiraler mon dernier cahier spirale pi.....


...pi je pivote rapidement sur mon axe sans le regarder et je rentre sagement à la maison.

Reject.   Faudrait qu'y souffre.


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dimanche 22 août 2010

Urinaires (aux assomenteurs)

Et puis s'est glissé un caillou dans l'engrenage du sablier
Une pierre aux reins expulsée en pleurs urinaires
Ne viens jamais plus te poser sur ma foi, caillou de malheur
Crise débile en vue
Et catapulte d'insultes calcaires



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samedi 7 août 2010

La famille Dumb, Dumb, Dumb, Dumb, Dumb et Dumber prend l’avion

Quelle chance quand même d’avoir trois sièges à sa disposition pour un vol de nuit.  À faire baver d’envie le voyageur de première classe avec son cordon d’identification Rolls Royce bien en évidence.   Y'est même pas beau…. Ceci dit, les moteurs d’avions étant construits par RR, je lui lècherait les ongles d'orteils si c'était l'unique garantie de voler bien droit pour les prochaines heures…

Alors qu’il est l’heure de décoller et que l’embarquement semble complété pour le vol du retour, je commence à croire que j’aurai droit au traitement royal en classe économique puisque personne n’a encore pris place à mes côtés.  Rendue à l’étape où, telle une avare jubilant devant son pécule, je frotte mes mains de bonheur  en concluant que l’affaire est dans le sac, l’agent de bord annonce qu’on attend les derniers passagers qui sont en chemin.  Zut de zut de bonyenne!  
Je fantasme déjà sur deux magnifiques membres virils qui me feront passer 8 heures comme 8 minutes.

Oooooh que nenni, que non!!! 

Les passagers arrivent.  Ils avançent de peine et de misère dans l’allée car ils transportent d’immenses valises qui de toute évidence n’ont pas été enregistrées.  C’est quoi l’affaire?  Où croient-ils donc aller ces gitans, ces Roms qu’ont l’air des pas propres?   Rendus à la rangée 25 où je prends place,  une femme qui tire sa maison en portant deux sacs à dos sur ses épaules m’aborde sèchement, sur le ton d’un général du Großdeutsches Reich:  “Could you change seat with my daughter, she’s only fourteen and she can’t be left alone in the back….”

-Euh,  non…
-What?
-Non, means “no” in French.

Parce que là, il faut savoir que moi, oui MOUA, ça fait 25 minutes que je suis à bord et j’ai déjà changé de siège pour accomoder une petite famille qui était séparée du père.  Ils m’ont demandé ça tellement gentiment que j’ai dit oui, d’autant plus que l’échange me donnait droit à un siège dans l’allée, ce que je préfère malgré le risque élevé de se faire amputer par la cantine roulante à tout moment, si par malheur on laisse un de nos membres pendouiller légèrement hors du périmètre du siège. 
C’est à ce moment qu’une des agents de bord -la seule qui ne dormait pas au gaz- aperçoit enfin le volume du chargement de la troupe de tziganes formée du grand-père, de la grand-mère, de la fille, du beau-fils, de l’ado de 14 ans et du bébé de 2-3 ans.

-Sorry but your bags will have to be checked.  You cannot bring big suitcases like that on board.  Two handbags only. Sorry guys…

Elle remarque que je suis debout et que la fille argumente avec moi.  Elle coupe ça court subito presto :
-This is your seat mam’, you stay there and we’ll give you a pair of earphones to watch the movie for your trouble. …

Yeah…!!!

Puis, se tournant vers la famille Lavigueur:

-…and YOU are sitting there with the baby, sorry but we are already late, we have to take off right now.

Parle-moi de ça, un agent de bord qui en a vu d’autres.  Elle sait comment dealer avec les mal-léchés.

Grand-père, grand-mère et ado s’en vont derrière tandis que fille, beau-fils et bébé prennent place à mes côtés.  L’agent de bord reprend le micro pour annoncer un léger retard en raison de l’envoi de ces derniers bagages dans la soute.  Bon, à la limite, on sait pas ce qui a pu leur arriver à nos bohémiens.  Peut-être qu’ils descendaient d’un autre avion en retard et qu’ils ont dû courir comme des malades pour ne pas manquer celui-ci.  Tu ne jugeras point.  Yeah, right… attends une minute…

Beau-fils s’assoit et ouvre immédiatement un de ses petits sacs à dos pour en sortir quatre sandwiches, genre sous-marins qui puent le junk food,  deux tubes de chips Pringles format “King can” à saveur de crème sûre et oignons,  deux Sprite et un Ginger Ale, un sac de biscuits et le biberon du p’tit.

-I told you babe we would have time to buy food before we got in the plane, dit-il alors à sa tendre épouse.

Quoi?!? Ah ben viarge!!!!  Ils retardent un vol et ils n’enregistrent pas leurs bagages pour avoir le temps de s’acheter de la bouffe ?  Elle est trop forte celle-là !

Ils mangeront non stop pendant 8 heures, incluant les deux repas servis à bord plus les boissons gazeuses en extra qu’ils ont demandés aux agents.
C’est à ce moment que j’ai commencé à croire que le vol ne sera pas particulièrement plaisant et j’en ai eu la confirmation moins de soixante secondes plus tard quand une odeur de marde de bébé m’a chatouillé les nasaux.  C’est que, voyez-vous, dans un des multiples sacs à dos que madame vient d’ouvrir, il y a des couches souillées de bébé Dumb qui vient justement de relaxer ses sphincters de nouveau. 
Maman demande alors à monsieur d’aller changer Tyson aux toilettes et de jeter les deux couches,  dont les effluves se répandent maintenant entre les rangées 3 à 35.
Pure coïncidence sans doute, quelques minutes plus tard,  l’agent de bord allumée demande aux gens qui attendent en ligne pour la toilette de ne pas y entrer car elle est bouchée.  La pauvre, qui a dû enfiler de longs gants de caoutchouc qui montent jusqu’aux épaules, comme ceux qu’on porte pour inséminer des vaches, doit aller déboucher la toilette en y plongeant ses bras jusqu’au coude.  Yark! 

Les agents de bord ont tout mon respect.  Je ne sais pas comment ils/elles font pour travailler dans ces conditions de promiscuité constante avec les mongoles qui prennent l’avion.  Je ne ferais même pas un vol que je me mettrais un parachute sur le dos pour aller fumer une smoke dehors, pour me calmer.

Bref, j'en suis certaine, c’est cet imbécile qui est allé flusher les couches dans le bol de toilettes.  C’est préférable que l’agent de bord n'en sache rien car elle voudra lui dévisser la tête avec une clé à chocs Mastercraft et faire éclater un hublot pour la crisser par-dessus bord.

Et puis, ben oui, le petit s’appelle Tyson !! Quand on cherche un prénom pour rendre hommage à un cerveau pois chiche, le choix est judicieux.. Pauvre petit…. promis à un avenir peu reluisant  pour les 80 prochaines années, tout ça à cause de la rencontre fortuite du pénis de papa Dumb qui s’est frotté aux parois vaginales de maman Dumber, un jour qu’elle était en pleine ovulation…

Bébé Tyson bois du Ginger Ale au biberon, mange des biscuits et des Pringles.  Ensuite, il crie, il pleure et on lui demande  de se calmer et de rester assis sur daddy. 
C’est parce que votre enfant vient de boire l’équivalent de 20 cuillerées à thé de sucre blanc.  What do you fucking expect, idiots ?  Je fulmine. Le petit aura besoin de quatre changements de couches durant le voyage.   Me semble que c’est pas normal ?!?  Il tousse continuellement d’une toux grasse, pleine de mucus.  Il a à peine trois ans et on croirait entendre un vieux fumeur atteint d’emphysème.  Surréaliste.

Puisque le père a de la suite dans les idées et que l’enfant est plogué solide sur le 220, papa décide alors de jouer à un jeu qui s’intitule “That’s caca”.  Eh oui…  Dès que le petit avance la main pour  toucher quelque chose, incluant la voisine du siège de l’allée, moi en l’occurrence, papa le retient et dit –très fort et en riant comme un demeuré-  “That’s caca”.  Je suis donc du caca, au même titre que le magazine dans la pochette du siège, que la tête du passager d’en avant, que son biberon, que sa maman.  Tout est caca.  Tout.  C’est très très drôle et ça dure vingt longues minutes.  Je n’en peux plus.  Je cherche un siège libre quelque part, il n’y en a pas.  Mes écouteurs ne suffisent pas, le capuchon de mon chandail n’arrive pas à former des oeillères assez profondes pour bâtir un mur d’isolement chrétien entre nos sièges. 
De son côté, la mère boude en regardant les nuages par le hublot car elle n’a toujours pas digéré mon refus de changer de siège “I can’t believe people travelling alone refuse to change seats et bla et bla…”  Sais-tu quoi, jeune dame?  Je n’accomode jamais les épais qui savent pas vivre, c’est contre ma nature humaine, sorry…

Et puis soudainement, ils décident d’échanger de sièges.  Le père a le goût de regarder dehors, ça l’air…(“Vas-y donc à place, qu’on prenne un break” )
Je me retrouve donc avec le derrière de madame en pleine face, le temps qu’ils déménagent gauchement leur surcharge pondérale tout en contrôlant le bébé. Du grand cirque, à visionner une deuxième fois au ralenti.   Madame porte un chandail bedaine rose trop serré et un legging vert pomme avec JUICY écrit en gros sur le popotin.  Ça signifie en sous-entendu que ses fesses sont juteuses pour qui aime croquer dans le gras trans.  Quel statement …  Atteinte du syndrome de Stendhal, je pleure toujours devant un chef d’oeuvre.

Papa et bébé s’endorment.  Je trouve un stratagème pour me couvrir la tête sans manquer d’air et je réussis à dormir à peine 15 minutes car papa, maintenant réveillé, a attaqué son nouveau jeu : “Say Hi!”.    Quel parc d’attraction ce papa!  Une game attend pas l’autre!
Il a beau avoir demandé 50 fois à Tyson de répéter Hi!, l’enfant reste muet comme une carpe.  Il ne sait pas dire Hi! à trois ans et, à mon avis, avec tout le chimique qu’il avale, il ne sera pas en mesure de parler avant 8 ans.  À force de métaboliser du Ginger Ale, l’hygiène du cerveau doit forcément en souffrir.

Après la projection des deux films américains poches et over-actés, on présente un reportage intéressant sur l’histoire des casinos et du gambling qui réussi à me faire changer de mood,  mais voilà qu’arrive la grand-mère qui vient voir son petit-fils.  Elle se penche sur moi comme si je n’existais pas et m’offre le spectacle de ses grosses mamelles molles de chienne qui a allaité l’orphelinat de Santa Esmeralda au grand complet  :  “Ay chiquitito mio, mi amor, ziquitoti, momosito,  hermosito Tyyyyyyysson, ven por aqui mi amor”

*Soupir sonore* et là, ça sort tout seul:

EXCUSE ME, estoy escuchar the fucking pelicula, can’t you see??   Calvaire de calvaire de calvaire de calvaire de calvaire de calvaire de calvaire.!!!!!

Elle ne s’excuse même pas.  Chez les pas d’allure, s’excuser équivaut à s’agenouiller et à lécher des bottes.  C’est par pure vengeance contre la société en général qu’ils ont volontairement exclu la politesse de leur manuel de bienséance.   C’est bien certain, la société est responsable de leur bêtise endémique et elle leur doit tout, même le respect de leur différence en tant qu’imbéciles aigus irrécupérables… .  Misère, j’ai le goût de démolir quelque chose.  Je sens la rage de l’air qui monte en moi. 
Granny prend le bébé dans ses bras et l’emmène en arrière.  Il reste une heure de vol.  J’aurais peut-être enfin la paix.  La mère commande un Ginger Ale et réussi bien sûr à en renverser sur mon siège et sur moi.  C’était prévisible. 

LAISSEZ-MOI SORTIR !!!!!!!!!!!!!


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samedi 17 juillet 2010

Un store de l'autre bord du border



Un vrai magasin général en bois patiné
     avec une porte en screen qui claque
             Une grosse fan qui fait du vent
                     Et un juke box incohérent

                                            Un chien jappe fort dans le junkyard

         Le commerçant dort dur dans sa chaise de sueur
                        Une mèche de cheveux grise et lourde
                                   Cargo amarré chargé de sébum
                              frété aux rides d’une tête d’homme

                                                           Thanks for the movie scene

                           L’autre chien répond de l’autre bord de la track

    J’ai piqué en douce un paquet de gommes
            Laissé sur le comptoir un U.S. dollar
            L’empreinte d’un instant de bonheur
North Conway convenience store dépanneur


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dimanche 27 juin 2010

Strates de vie sur Rachel

Dans un coin du stationnement devant l’église Santa Cruz, un kiosque, une sorte de cabane à pêche crado qui dit BAZAR. Des lumières clignotantes rouges autour de l’affiche exécutent une danse en ligne triste et hypnotique : allume/éteint, allume/éteint, allume/éteint. Le temps est au frais, les nuages se superposent en autant de strates qu’il en faut pour atteindre un seuil accessible, pour qu’en étirant son bras vers le ciel en complète extension, nos doigts puissent penser y faire un trou.
Il faut croire en quelque chose lorsqu’on est devant une église.
Le clown triste vient de surgir.
Il y a une femme dans le kiosque, le menton appuyé sur ses bras croisés mais personne autour pour danser au son de cette musique infectieuse que crachent les haut-parleurs . Des chansons nulles jouées par un orchestre de vieux lusos blasés, tellement malheureux, alcolos et dépressifs. Rater son coup à exprimer de la joie sur une portée musicale, quelle affliction... Ces partitions devraient être brûlées, les compositeurs pendus, les interprètes jetés au cachot, nourris au pain sec et à l’eau sèche ; on versera dans la bouche des amateurs de cette musique de la poudre à canon et on les enflammera, comme au temps de l’Inquisition espagnole.

Ce parking est la strate la plus jeune au-dessus de la mer d’argile sèche et craquelée, gigantesque artefact archéologique. L’humain enterre le passé et le redécouvre par strates, cinq cent ans plus tard. Il aime bien ce genre d’activité qui crée de l’emploi chez les professionnels du tesson de bouteille, de l’ustensile en griffe d’ours et de l’anse de tasse en porcelaine. On a remblayé Ville-Marie jusqu’à Jean-Talon avec des pierres, de la terre, des cadavres de sardines et de mysticètes qui auraient pu finir en salpicon et nourrir les affamés. Acides gras essentiels réduits à néant, penserait stratégiquement le lobby des pharmaceutiques. Dans cent ans, les professionnels de la truelle découvriront ici deux radius croisés, des éclats d’ampoules, de l’asphalte et les fils des haut-parleurs. Le futur sera passionnant ou ne sera pas.
Et toute cette musique qui ne joue pour personne, ça rime à quoi?
Le clown triste traverse la rue. De l’autre côté de la rue Rachel, sur le trottoir, un jeune homme avec sa guitare sans cordes, bandoulière muette et inutile.  Il fait face à la vitrine placardée du dépanneur fermé dans laquelle il se mire de très près, tellement qu'il se croit lui aussi enfoui dans l'oubli et devient à son tour le reflet d'une strate unidimensionnelle. Le corps est statique, sauf son bras droit, pris d’une agitation rapide, précise et frénétique.

-Is he jerking off that pig? demande à son amie la cycliste en attente du feu vert.
-Yep, he is..

Il n’y a aucun intéressé, mais il y aura eu nous, les grands témoins du vide, et le regard du clown triste sanctifié, juché en haut dans son clocher, qui nous rappellera la scène dans cinq cent ans, lorsque cette place sera redevenue un trou.



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vendredi 11 juin 2010

Intérieur jour. Camaïeu de gris. Dimanche.

Ça convient ce mal de bloc au réveil.
Ce temps gris et froid, ça convient. Le chant triste des pneus d’automobiles qui écrasent les gouttes sur l’asphalte trempé, ça convient.
Ça convient, le manque de sommeil.
The Space in Between , ça convient.
Se trouver moche et terne et ne pas avoir envie de faire plus de déplacements que des allers-retours de la chambre au salon, ça convient.
Ça convient de lire la succession des chapitres qui s’intitulent tous soit La vie, soit La mort, soit La vie/La mort et qui forment Je ne veux pas mourir seul de Gil Courtemanche.
Ne pas avoir pas envie d’aller chercher ce nouvel ordi tant attendu, ça convient.
Regarder pour la centième fois cette tache grosse comme une clémentine et se dire « oui, elle y toujours, et puis? », ça convient.
Ça convient d’être si accablé que l’angoisse et l’inquiétude demandent trop d’énergie pour faire leur chemin vers le cœur. 
Ça convient que l’eau de pluie, fluide, s'écoule entre les murs mitoyens et poursuive sa course dans le solide, concassé.
Ça convient,  les sons. Ceux que l’acuité de l’ouïe oblige à entendre. Les autres, provoqués, animés, ceux qui sortent de l’aspirateur, de la télé, de la radio, des CD, des DVD, du spin de la laveuse : "vos yeules!"
« Vos yeules! » à ceux qui disent n’importe quoi, absorbés par le seul projet de s’écouter parler, ça convient. Toujours.
Ça convient ces journées qui apaisent les tempêtes des feux.
Et celles qui envoient le message de retourner ses yeux vers l’intérieur, ça convient.
Ça convient aujourd’hui d’être comme un 6 février et que les oiseaux soient partis au Nouveau-Mexique.
Ça convient qu’il ne reste plus que des pâtes, un brocoli et des champignons.
L’absence de présences convient.
La présence de mes absences convient.

Puisque tout convient, cette journée est sans contredit une réussite totale.


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mardi 8 juin 2010

En d'autres mots - Gil Courtemanche

  Je ne sais pas si ce sont les techniciennes ou mes veines qui sont incompétentes. Pour les intraveineuses, c'est toujours le bordel.  Elles piquent à côté, recommencent plusieurs fois.  J'ai des cheveux d'anges.  On dirait que mes veines viennent du même ciel.  Si minces et secrètes que les aiguilles les ratent.

  Une infirmière me demande d'enlever le haut et de me couvrir d'une jaquette.  Les jaquettes, comme les murs, vous enlèvent l'envie de vivre.  Dès que je l'enfile, elle me ramène à ce rongeur tapi dans mes entrailles.  Bleu délavé, ouverte dans le dos.  C'est, je crois, le pire vêtement inventé par l'humain.  Surtout quand on vous promène dans cette jaquette relié par perfusion à un soluté qui coule d'une poche fixée à un machin déambulatoire qui ressemble à une patère.  Je traverse des salles d'attente, des corridors.  Les gens y sont vêtus comme des vivants.  Moi, comme un mort en sursis.  J'imagine qu'on s'attriste à la vue d'un grand malade.  Mais il y a pire, des corps émaciés, des têtes ralantes qu'on bouge dans l'espace public. À partir de quel moment oublie-t-on sa dignité de vivant, juste perdu dans sa maladie?  Je ne le sais pas et je m'en fous, mais quand je marche ainsi, presque nu, seulement pour aller me faire peser, je me dis qu'on devrait inventer un métier : technicien du malheur hospitalier.  Faut pas être sorcier pour penser qu'on peut peser le patient avant de le déshabiller et de le promener comme une loque.

  Dure journée.  Pour le scan deux veines ratées, pour l'IRM, une veine.  Les jeunes femmes sourient professionnellement comme des hôtesses de l'air qui annoncent des turbulences et retirent les plateaux.

Gil Courtemanche   Je ne veux pas mourir seul. Autofiction  Boréal, 2010.


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lundi 24 mai 2010

La vie d'une fille, la connaissez-vous? La vie d'une fille la connaissez-vous? La vie d'une fille dans son miroir qui se mire *

À pareille date l’année dernière, je recevais un courriel confirmant mon gain d’un forfait Soins de la peau / Skin care d’une valeur de $200.00 / 200.00$ dans un centre de soins esthétiques / snios seuqitéhtse. Un billet acheté en grimaçant six mois auparavant pour encourager une collègue et sa chorale de petits chanteurs exaltés. La date butoir pour honorer mon cadeau approche, j’ai donc pris ce rendez-vous une fois pour toutes. Quelle injustice quand même de ne pas avoir remporté le premier prix, ce trop magnifique cellier d’appartement rempli par la SAQ...

Je pénètre au Centre de la Peau, intimidée, va savoir pourquoi. Je ne connais rien de ce monde du soin esthétique et, comme la chienne dans un jeu de quilles, j’ai l’impression de traîner ma truffe humide et ma queue incontrôlable à la mauvaise place, au mauvais moment, puisqu’en entrant je trouve le moyen de gaffer en faisant tomber une affiche collée au mur. Peut-être ai-je slammé la porte un peu fort?…. Hélas, je suis trop brute pour traîner chez l’esthéticienne, chez la manucure ou chez l'astrologue. Ces choses sont pour les vraies femmes, celles qui ont du rouge sur les ongles d’orteils et des jambes lianes.
Pendant un très court instant, j’ai eu une pensée honteuse en louangeant la burqa d’un point de vue pratique.

J’arrive au lieu et à l’heure en arborant, avec un soupçon d’attitude, une image empreinte de naïveté, de pureté et d’innocence, jouant la nouvelle-née ébahie par la blancheur immaculée et quasi chirurgicale de ce commerce qu'on dirait entretenu par une armée de lavandières. Sans doute s’agit-il de la plus subtile et meilleure façon d’en mettre plein la vue pour qu’on fasse rapidement abstraction de mon look de pauvresse, en jeans et Converse?

Pas le temps de passer la porte et de m’asseoir sur les divans en cuir blanc qu’un visage exempt de toutes aspérités m’accueille de sa voix de saxophone langoureux:
« Bienvenue au Centre de la Peau. Nous allons tout d’abord prendre une photo de votre visage avec l’appareil BZX-3000 ». Un genre de résonance magnétique pour la face avec le chiffre 3000 dans le nom. En 2010, les technologies portant l’appellation 2000 et moins échouent assurément en terme de force de persuasion. Pour être à l’avant-garde et vous prendre au sérieux, pensons 3000 et plus, bien que, compte tenu de la profondeur archéologique de mes comédons, l’analyse au Carbone 14 serait souhaitable.  La petitesse du chiffre 14 manque de prestige et c’est pas moi qui tranchera la question des avancées scientifiques du 21ième siècle au Centre de la Peau.
« Ah! Une photo de mon épiderme? Ah bon! Excellent. Allons-y! ».
Je feins la surprise réjouie. L’incrédule en moi tente de laisser son proverbial cynisme au vestiaire, pour une fois. Soyons agréable, le traitement est gratuit...

La gentille J, esthéticienne et propriétaire « de 15 ans d’expérience » me mets en garde :
« Bon là, les gens ont tout un choc quand ils se voient comme ça mais vous devez savoir que c’est pas DU TOUT, mais pas DU TOUT ce que vous avez l’air en réalité ».

Pas conne, j’en déduis que ça va être laid, très laid….
On me montre alors ma face et ma peau dans un tel état qu’il faut être ancré solidement dans l’essence du vivant et détaché des superficialités corporelles pour arriver à franchir cette étape sans remuer les fonds vaseux de son petit fleuve tranquille. Misère…
Elle tourne l’écran vers moi.
Ooooooh que ça fait mal !! Oooooh l'affreux choc de l’affreux !!. Qu’on me dise que même Natalie Portman est laide sur ces clichés et je veux bien passer au travers de ce mauvais moment sans trop de séquelles, mais NON, ça, personne ne me le dira et c’est un drame. Un psychodrame psychologique psychiatrique.
« C’est quoi ÇA? C’est vraiment moi? » Est-ce que je dois rester stoïque et afficher un bel air détendu? Les autres femmes réagissent comment, dites-moi?
Je me vois me précipiter en hurlant devant l’autobus 51. Je retiens un sanglot qui passe en soubresauts dans les poches d’air de ma cage thoracique et me rend aphone le temps de crier « « « au secours!!!! » » »

Hostie….
…que je fais dur
…que j’ai l’air vieille
…que j’ai l’air bête
…que j’ai une grosse tête
…que la vie est injuste
…que je déprime
…que je veux pousser le gaz au fond et plonger dans les profondeurs du Grand Canyon, comme dans la finale de Thelma and Louise.

Et, comme si la démonstration de l’état piteux de ma face lette n’était pas suffisante, J. me pose un diagnostic et des questions pour en rajouter.

-Y’a ça, pi ça, pi ça, pi ça et quelques rides bien sûr, des taches, beaucoup de taches….Vous buvez beaucoup d’alcool?

Ah! allez donc skier….esthéticienne d’expérience de merde! Donnez-m’en pour 200 balles que je rentre chez moi au plus vite pour chiâler dans le goulot d’une bouteille de Bordeaux, puisque OUI, pour répondre à votre question, OUI, je bois. Et, sais-tu quoi, péteuse de boutons? Je bois beaucoup, beaucoup, énormément et sans arrêt. Une vraie crisse de grosse éponge jaune orange. Ça répond tu à ta question? Ça t’en bouche une pore? En as-tu d’autres de même? Vas-y, chu prête. Maintenant que la couche superficielle de ma fierté est bien piétinée, j’irai pleurer sur mon enveloppe charnelle incomprise et sous-estimée, mon baby face disparu, mes illusions anéanties sous la honte et le dégoût.

-L’alcool ?!? Ah non alors, l’alcool, ça jamais, que je réponds comme une sainte nitouche.
-On voit surtout ça chez les gros buveurs d’habitude, c’est étrange…. Il vous faudra un super décapage des couches supérieures de votre épiderme suivi d’un soin aux algues….
-Hein? Ah, ok….??????? Pffffff….Left the building….Absente, je suis encore pétrifiée par le verdict visuel de BZX-3000.

Qu’est-ce que je peux répliquer à ça? J’y connais rien de rien. J’aurais même dit oui à un traitement pour enrayer les mites à vêtements, suivi d’un saut dans le vide en bottes de béton. Je suis la victime idéale pour ce genre d’arnaque.
Elle me conduit vers la salle numéro 2. L’autre salle, c’est la 1. On pourrait s’y perdre. Elle me demande de revêtir la serviette à velcros et de me glisser sous les couvertures. Je m’exécute. En moins de deux, je suis à demi-nue et offerte à son expertise.
Elle me présente alors Anna, l’autre esthéticienne qui fera mon traitement.
Ah bon?!? Ben oui, un gros merci, je vais m’humilier devant une personne de plus. Y’a rien là madame J.. Merci pour tout. Vous m’en amènerez combien d’autres encore? Pourquoi pas un convoi d’hommes esthéticiens, un coup parti?
Anna est tout sourire dans sa démo de la technique de décapage. Anna est russe. Anna parle mal français. Je ne comprends pas Anna. Anna ne me comprend pas.

- Essayer sur main. Pas trop fort?, s’enquiert Anna.
- Ah oui, c’est bien, ça pas l’air trop souffrant.
-Vouloir faire pipi toilette avant traitement?
-Non, merci, non. Vouloir surtout en finir au plus Karamazov, ma belle Anna.

Elle ressemble en tout point à une poupée gigogne avec des joues rouges de baboushka. J’ai un moment d’absence, son accent me fait trop sourire mais dès que mes esprits ressuscitent, je chie littéralement dans mes culottes. Et si j’ai l’air d’un foutu Sharpei après ça? Parce que, quand même, je le dis en toute modestie, à trois, ou cinq, ou dix bras de distance, je suis encore pas si pire, me semble.…
Tant d’angoisse pour qu’une minable chorale continue de croire que de pousser des litanies de troubadours en français moyenâgeux est un loisir culturel valorisant qu’il faut à tout prix encourager.

Belle de moy, en tuy campanile
De la crapaudine te vis
Sous le chambranle tapi
Signer d’une main gracile
Au damoiseau fornicateur
Prier prestement le chambreur
À lui bien faire entrer
Pipeau céleste au vaisseau branleur

-Être prête pour soin? Faire relaxation. Moi commencer, m’annonce Anna.
-Oui, oui. Da, da. Frottez Anna, grattez, creusez, vivez pleinement votre rêve d’enfance en dermatologue bolchévique à Petrograd. Essuyez mon visage de votre soviette

Après trois minutes, j’ai l’impression qu’un poisson scatophage me draine les pores de la peau en m’aspirant comme une balayeuse industrielle qui perd les pédales.
-Arrêtez, vous faites un saccage d’un saccage, Anna...
Elle n'est que sourire. Elle n’a rien compris. Je sombre…

Relaxe pour l’amour du ciel, me dis-je. Elle me tartine à qui mieux mieux, me couvre le visage d’un papier cellophane opaque muni de deux trous pour respirer. L’image récurrente de mon corps zippé dans un sac de la morgue me mets les nerfs en boule. Je secoue mes pieds de gauche à droite pour me calmer. Mes yeux sont couverts et je suis dans l’obscurité totale. Il n’y a pas de raison de paniquer, vraiment pas, car après tout j’en ai que pour trente minutes à vivre comme une dépouille et finalement, après le tartinage dit « de récupération », je lui remettrai le bon attestant la gratuité du service. Et voilà, ce sera terminé. Alors, on se ressaisi là-dedans?

Pour pas cher, la peau maintenant me brûle, je suis toute bouffie, toute rouge, toute maganée car, en conclusion, j’ai fait une réaction allergique au produit aux algues. Voilà maintenant une histoire à suivre chez le médecin dermatologue qui tente maintenant de réparer les dommages.

J’espère en tirer un genre de leçon du genre : il vaut mieux apprendre à cueillir le temps plutôt que de le chasser.


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* air célèbre de la Famille Soucy


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lundi 3 mai 2010

07h00 A.M.

Ces choses en apparence évidentes, ont été constatées avec intensité à mon réveil : mes yeux voient, mes oreilles entendent, mon cœur bat, mes jambes me soutiennent, mes bras s’insèrent avec adresse dans les manches de ce chandail, mes doigts replacent mes cheveux et tirent les rideaux, ma voix personnalise mon bâillement, ma colonne vertébrale est un pilier.


Ces raisons devraient, il me semble, être suffisantes.


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samedi 1 mai 2010

Magma



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En d'autres mots - Muriel Barbery

  Il y a eu un petit bruit, enfin un frémissement de l’air qui a fait « shhhhh » très très très doucement : c’était un bouton de rose avec un petit bout de tige brisée qui tombait sur le plan de travail. Au moment où il l’a touché, ça a fait « peuf » un « peuf » du type ultrason, seulement pour les oreilles des souris ou pour les oreilles humaines quand tout est très très silencieux. Je suis restée la cuillère en l’air, complètement saisie. C’était magnifique. Mais qu’est-ce qui était magnifique comme ça ? Je n’en revenais pas : c’était juste un bouton de rose au bout d’une tige brisée qui venait de tomber sur le plan de travail. Alors ?
  J'ai compris en m'approchant et en regardant le bouton de rose immobile, qui avait terminé sa chute.  C'est un truc qui a à voir avec le temps, pas avec l'espace.  Oh bien sûr, c'est toujours joli, un bouton de rose qui vient de tomber gracieusement.  C'est si artistique : on en peindrait à gogo !  Mais ce n'est pas ça qui explique THE mouvement.  Le mouvement, cette chose qu'on croit spatiale...
  Moi en regardant tomber cette tige et ce bouton, j’ai intuitionné en un millième de seconde l’essence de la Beauté. Oui, moi, mouflette de douze ans et demi, j’ai eu cette chance inouïe parce que, ce matin, toutes les conditions étaient réunies : esprit vide, maison calme, jolies roses, chute d’un bouton. Et c’est pour ça que j’ai pensé à Ronsard, sans trop comprendre au début : parce que c’est une question de temps et de roses. Parce que ce qui est beau, c’est ce qu’on saisit alors que ça passe. C’est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort.
  Aïe, aïe, aïe, je me suis dit, est-ce que ça veut dire que c'est comme ça qu'il faut mener sa vie?  Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition? 
  C'est peut-être ça être vivant : traquer des instants qui meurent.

Muriel Barbery, L'Élégance du hérisson.


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jeudi 22 avril 2010

Réveil animal

Les corneilles à cinq heures et quart
La volée d’outardes à cinq heures et demie
Le chat qui miaule à six heures moins vingt
Une main en balade à six heures moins dix

La nature est en émoi



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dimanche 18 avril 2010

Visite du mal

Next thing you know
You’re eating hospital food

Abandonnée lâchement par le sommeil comme le capitaine de la frégate qui prend l’eau, le mal garde ma conscience brouillée en éveil et pousse à bout mes nerfs éprouvés ; il épuise, à la longue, toutes mes stratégies de diversion. Me fermer les yeux, boucher mes oreilles, expulser brutalement l’air de mes poumons en poussant un grand cri primal, rien n’y fait.

LA, LA, LAAAAAAAAA, LAAA, laa…la

Do, Mi, Sol, Do Do, Sol
Écouter : Musique
Essayer : Lire
Essayer : Écrire
Lire? Essayer encore…
Écrire.
Tester : Limites
Penser : Scotch
Novocaine for the soul. Before I sputter out...
Écouter : Message. Rappeler : Messager du Message.
« T’as téléphoné ? »
« Hey, t’es ben bête! On s’est fait baisé par les Capitals... »
« Bof… m’en sacre…»
« Ça va pas mieux, toi ?... »
« As-tu de la tétracaïne? »
Scotch. Y penser.
« De la quoi... ?!? J’ai un truc illégal, de la codéine, des frites, de la vodka pi des Gauloises. Alors, qu’est-ce que t’en dis??? »
« Nop !  Tu pouvais pas mieux trouver pire. Enfin, bref …je veux dire...échec.  Fatiguée…»
« J’ai un fusil de chasse aussi, si ça te dit… »

Beautiful freak, beautiful freak !!

Non, rien n’y fait. Moins je dors, plus je m’énerve. Plus je m’énerve, plus je pense aux vertus médicinales insoupçonnées du scotch en pleine nuit. Plus j’en bois, moins je m’énerve. Moins je m’énerve, mieux c’est, en fin de compte…

When I came into this world they slapped me
And everyday since then I’m slapped again

Son travail, le mal le fait bien. Il s’introduit par effraction en passant par une banale égratignure. Il prend son temps mais agit avec minutie et aura tôt fait d’installer son terrifiant labo envahisseur. Insidieusement il prend le contrôle, insémine une cellule chargée de tirer sur la goupille de la bombe à fragmentation. Boum! Approchez-vous du microscope et regardez bien tomber l’immunité.  Un vulgaire château de cartes.

Dans la catégorie « humour, théâtre d’été, vaudeville » la production gagnante est, - Oh WOOOOW, chu tellement contente pour elle!- ... La comédie immune !!!!
« Je voudrais remercier GOD, mon agent et mes parents qui m’ont créée avec autant de pièces détachées défectueuses… Mon trophée s’il vous plaît ! Qu’il soit en forme de coupe que je puisse y boire l’alcool qu’il ne faut pas consommer avec ces médicaments…. »

La chute des dominos déclenche l’hécatombe sur un périmètre assez étendu pour que le corps d’accueil en ressente bientôt l’électrochoc, d’un océan à l’autre. Le méchant mal colonisateur est avide, très fort et follement imbu de sa Vérité. Invasif, il s’incruste comme une fucking moule zébrée.

Sometimes it fells like i’m made of eggshells
And it feels like I’m gonna crack

Dès qu’elle se met en branle, la gestation du mal est courte et IL accouche vite de quintuplés ultra-orthodoxes qui s’entasseront à plusieurs dans le même pieu. Aimez-vous les uns les autres, chevauchez-vous, reproduisez-vous. Logés, nourris, on ne manque de rien ici, viergemarie ….40 jours pour la vie.

Dieu n’a pas assez quitté l’Amérique…

This could be your lucky day in hell
You never know who it might be at your doorbell
In hell

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Comme sur une pochette de disque:
Merci gigantesque à Mark Oliver Everett. Merci au Speyside Single Malt ainsi qu’au Château Roc de Levraut, pour leur contribution à l’apaisement (et aux autres bienfaiteurs : alléluia, que la lumière vous inonde)

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En d'autres mots - Kafka

Le passager du tramway

Je suis debout sur la plate-forme du tramway et je suis dans une complète incertitude en ce qui concerne ma position dans ce monde, dans cette ville, envers ma famille. Je serais incapable de dire, même de la façon la plus vague, quels droits je pourrais revendiquer à quelque propos que ce soit. Je ne puis aucunement justifier de me trouver ici sur cette plate-forme, la main passée dans cette poignée, entraîné par ce tramway, ou que d’autres gens descendent de voiture et s’attardent devant des étalages. Personne, il est vrai, n’exige rien de tel que moi, mais peu importe.

La voiture s’approche d’une station, une jeune fille s’avance vers le marche-pied, prête à descendre. Je la vois aussi nettement que si je l’avais touchée du doigt. Elle est vêtue de noir, les plis de sa jupe sont presque immobiles; son corsage est ajusté, avec une collerette de dentelle blanche à petites mailles; la main gauche est à plat contre la paroi de la voiture; de la main droite, elle appuie son parapluie sur la deuxième marche. Son visage est hâlé; son nez, légèrement pincé, est large et rond au bout. Elle a une abondante chevelure brune, un peu ébouriffée sur la tempe droite. Elle a l’oreille petite et bien plaquée; mais, comme je suis tout près, j’aperçois de derrière tout le pavillon de l’oreille droite, ainsi que l’ombre qu’il porte près de sa racine.

Je me suis demandé ce jour-là: d’où vient qu’elle ne s’étonne pas d’être comme elle est, qu’elle garde la bouche close et ne dise rien de tout cela?

Franz Kafka  La Métamorphose et autres récits, 1908.

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lundi 5 avril 2010

Rencontre du ième type

Attablée au comptoir d’un resto un peu off du Mile End, une femme exubérante porte des plumes aux cheveux, aux manches et jusqu’au bout de son stylo; elle parle en paraboles et pose trop de questions au serveur, qui dilue sa concentration afin de lui répondre gentiment tandis qu’il tourbillonne de gauche à droite pour arriver à servir tous ses clients.
De son tabouret en guise de perchoir, elle pépie tout haut son soliloque éblouissant, scribouille des notes dans un calepin aussitôt qu’elle reçoit des vibrations inspirantes, exécute dans l’air une étrange chorégraphie des mains qu’on devine significative…pour elle.  Curieuse du contenu de mon assiette, elle change de comptoir et prend place à mes côtés.  Certains gardiens de propriétés privées auraient été contrariés, pas moi. Je suis ouverte au dialogue de sourds.  À son allure, je pressens qu’elle vénère un quelconque gourou de pacotille et je veux bien l’écouter, lui parler et lui dire ce que j’en pense, sans chercher à lui faire plaisir. Elle l’aura bien cherché, après tout.  Ses défenses sont solides, déjà je l’admire et la respecte.

La discussion est amorcée et se dirige toutes voiles dehors dans un sens unique, le sien. Le gourou brésilien, un dénommé Joao, possède un curriculum impressionnant de milliers de guérisons miraculeuses. L’entité s’avère être un formidable messager, le sauveur du monde, celui qu’on devrait tous aduler. Elle me tend une carte postale du grand maître photographié devant une peinture épeurante de Saint-Ignacio, du type de celles qui nous effraient sur les murs d'une l’église ou au couvent des bonnes sœurs ; croûtes bon marché d’icônes saintes, représentant des têtes bordées d’un halo mystique, d’anges bouffis et d’étoiles filantes. Des images destinées à tromper délibérément celui qui regarde, à lui faire ressentir la honte de sa frayeur par une culpabilité qu’il confondra avec de la mauvaise foi d’infidèle.

Elle m’invite à regarder les yeux de Joao « Regarde ses yeux, tout est là ». Je ne vois rien d’autre que deux billes en orbite dans une grosse face d’halluciné. « Y ressemble à un brésilien… », est tout ce que je trouve à dire.
Je lui expose mon scepticisme face à ces trop nombreux fraudeurs d’âmes à la dérive. Elle tente de me convaincre. Elle me déstabilise. Je ne sais pas si elle est perdue, sauvée, épanouie, trop grande pour moi ou obnubilée par son amour inavoué pour le mec. Je ne sais pas. Je ne l’envie pas en même temps que je trouve moche l’idée de n’avoir personnellement aucune assise dans l’au-delà. Peut-être qu’elle a raison sur toute la ligne et que je ne suis qu’une pauvre épave immergée dans l’ignorance qui, jamais, jamais, n’atteindra la lumière.

Je règle auprès du serveur, fait ma présentation formelle à la dame, glisse la carte postale dans mon sac, lui promet d’aller voir son site web, lui tend la main et lui souhaite sincèrement beaucoup de bonheur. Vraiment. Sincèrement. Vraiment.

Je rentre à la maison, me verse une coupe de rouge et fixe le soleil les yeux fermés. Le vin laisse un arrière-goût de métal rouillé;  une goutte emprunte une trajectoire inhabituelle et plusieurs secondes plus tard, fait résonner l’écho étouffé du danger de la chute dans le vide absolu.


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jeudi 1 avril 2010

Pneu sur le plat (résurrection du Bridgestone)

Honk if you love Jesus
Si je le fais, ils vont penser que j’aime Jésus. C’est pas que jeul aime pas mais jeul connais pas. Mais là, question de sécurité civile, pas le choix, je klaxonne fermement avec beaucoup d'attitude, en pressant fort et longtemps, pour ne pas avoir l’air trop sympathisante; pour qu’ils comprennent que mon honk n’est surtout pas un hymne au partage de notre foi commune.  En clair, je ne veux pas qu’ils soient contents.  J’échoue lamentablement.  La famille de sept New Born Christians sort sa tête de monstre à sept têtes pour m’envoyer un « Praise the Lord » des plus sentis. Plus prévisible que ça, tu meurs crucifié.

-C’est pas vraiment à cause de votre sticker, simplement pour vous dire que vous avez un pneu crevé.
-Praise the Lord.  Alleluia. It's God's will...

Bon, correct, Praise the Lord, si vous y tenez... Pour embellir votre quotidien, il vient justement de vous faire passer sur un clou à bois de six pouces de long … Misère…Arrangez ça comme ça vous chante mais j’ai pas l'impression qu’il va descendre installer le cric pour vous; la robe longue et les cheveux fixés par une couronne d’épines : pas l'uniforme l'idéal...
You know what i mean, guys ? Not convenient, my brothers…

-Bougez pas d'ici.  I'll stop by the next garage to send you a tow truck, OK?
-Yes please, God bless you.

Mine de rien, je viens de parler en langue étrangère et mettre en pratique une volonté du gars sur le bumper sticker : Aide ton prochain.



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mercredi 31 mars 2010

Invariablement, une fois par semaine, depuis très très longtemps, une journée comme aujourd’hui, on appelle ça un mercredi.

 
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mercredi 24 mars 2010

Le joueur, la junkie, la dépendance (fable)

Au début de tes temps durs, tu as égorgé des cochons, lacéré des lapins vivants, dépouillé des hommes et abandonné ton enfant. Assis au pavillon de la France, insomnolent et captif d’une mécanique superstitieuse, ta convoitise réclame « trois cerises, trois cerises, trois cerises… ».
Tu admires le faux-fini du sertisseur de mirages;  tu n’y vois délibérément que du feu, la tête tranchée en trois fragments. À l’abri, sous la chute stridente des loonies métalliques, le déni, indemne, se planque bien au chaud. Tu es cuit, encore.
↓↓↓↓Insert bills here↓↓↓↓
Minables victoires à l’arrachée pour le compulsif, l’excessif, le sacrifié, l’immolé.
L’homme dit pathologique.


D'après le guide des premiers soins, la descendante de la lignée des Stigmatisées présente encore des signes vitaux, bien qu'exsangue, quasi embaumée. Sous ses fuyantes veines bleues, piquées du rouge-noir d’amours nécrosés par d’obscures et successives nuits d’adieux, une minime réserve d’antigel de survivance.
Au printemps, alors que la crue mène à l’embâcle, ses saisons désorientées remontent le courant en sens inverse, vers le nord du nord, en suppliant « un fix, un fix, un fix... »
Prière d’interrompre le cycle pour dormir, tranquille, crever de fatigue avec une aiguille pleine, plantée solide dans la veine.
L’accro, la désespérée, la sacrifiée, l’immolée.
La femme dite junkie.


Le pendule du sourcier détecte la profondeur du hurlement de la dépendance. En surface, les menottes de barbelés creusent les poignets. Il a plu très fort sur ce que cachait la neige sale, l’heure est venue… Judicieusement, faire un tri dans ses détritus.


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vendredi 19 mars 2010

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Sous la lumière crue d’un ciel voilé:
« toi tu ferais quoi quand tu serais grande ? »


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dimanche 14 mars 2010

En d'autres mots - Jean-Paul Daoust

Marguerite

Le téléphone se transforme en bouquet
Mon sang chute chante gazouille
L'air sent bon comme ta voix
Ah t'entendre!
Quel bonus!
Soleil comestible
Le ciel se pique de marguerites
Mes yeux affolés les effeuillent
Il m'aime   il ne m'aime pas   il m'aime !
Tu ne me quittes pas
Même si nous raccrochons
Le téléphone à nouveau sonne
Un ami me confie qu'il va bientôt mourir
Je m'écroule au milieu des fleurs


Les versets amoureux, Écrits des Forges, 2001


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En d'autres mots - Foglia

   Reste là, dans la beauté des choses qu'exaltent de petites laideurs de temps en temps.  Un bungalow jaune, les colonnades idiotes d'une maison de ferme, le désastre silencieux d'une grange affaissée, un chien hargneux au bout de sa chaîne, la dissymétrie de la vallée hérissée d'arbres nus.
   Respire.

Pierre Foglia.  Respirer  Chronique, La Presse, Samedi 13 mars 2010.


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mardi 2 mars 2010

Coq à l’âne post-olympique (ou, trop de télé rend confuse)

L’astrologie prétend que je suis née sous un signe de feu. Pour une fois, j’y crois car c’est en flammes que je me suis réveillée ce matin. Puisque c’est comme ça, déplaçons les montagnes. Attachez votre chalet avec de la broche car je remuerai aussi les lacs et les rivières, les chutes à haut débit, les volcans en éruption, la pampa argentine et la forêt amazonienne. Vade retro Mont-Tremblant, petite bosse laurentienne, petit pou de tête de ouistiti. Du grandiose seulement, rien de moins. Ça fait deux semaines qu’on nous claironne qu’il faut croire en ses rêves. J’adhère, full pin…

(On va parler de quoi au juste?)

Je m’extirpe de mes draps pour me réfugier rapidement dans mes leggings, mes bas à pompons, et mon vieux polar tramé de poils de chats pour protéger mon cœur arythmique d’athlète en devenir. Je remonte soigneusement le capuchon sur ma tête car le matin, un seul constat possible, toujours le même : je fais dur. C’est une tradition et j’y tiens. En revanche, le soir, c’est en tant que divine tête couronnée que je me glisse au lit.  Nul besoin de témoins oculaires. Croyez-moi sur parole. Tout ce que je raconte est vrai.
Idéalement, ce capuchon devrait être cousu à la partie avant du collet pour dissimuler ce qui injurie effrontément la pureté de ce matin, mais du coup, je n’y verrais plus rien et j’ai besoin de mes yeux crasseux pour me rendre à la toilette afin d’expulser ma merveille de la journée : le pipi jaune or. J’aime mon pipi du matin, j’y peux rien, c’est comme ça… Bien sûr, pure question d’équilibre biologique, l’évacuation d’une mine d’or appelle au remplissage de cristal. J’ingurgite donc une bouteille de 1.5 litre d’eau que je termine en cherchant mon souffle, comme une marathonienne qui aurait passé tous les postes de ravitaillement les yeux fermés.
Je suis affreuse mais la bonne humeur me donne du teint et me fait chanter à pleins poumons « Je ris de me voir si belle en ce miroir ». Ligne fameuse d’un certain opéra que je ne saurais nommer car tout ce que j’ai retenu du grand monde lyrique ce sont quelques airs de Carmen entendus sur les disques de mes parents.

Près des remparts de Séville
Chez mon ami(e?) Lilas Pastia
J’irai danser la séguédille
Boire du manzanilla

J’entendais toujours J’irai danser la C cédille, et ça faisait ma journée à chaque fois…

(OK. Petit moment de nostalgie pour aboutir à quoi…?)

Ce qui était chouette dans Carmen c’était de reconnaître des mots en français car l’opéra, c’était d’abord et avant tout la musique plate de la salle d’attente du docteur Lépine. Des hurlements de « madame » horrifiées qui criaient de douleur pour moi car j’allais, dans les prochaines minutes, me faire piquer le bras gauche, le bras droit ou une fesse; me faire donner des coups de marteau sur les genoux ou entendre l’ultime « Va falloir hospitaliser votre fille quelques jours » . Noooon, pas ça, pitié. Je veux mourireu… (quatrième octave)

(Mais revenons plutôt à la suite de notre confusion…)


Le pire de moi doit donc rester bien visible pour des questions pratiques d’orientation spatiale et de sécurité personnelle. Dans ces circonstances, je me réjouis d’appliquer à la lettre la ligne dure du célibat et de l’abstinence. Voir l’amant de la veille devenir le fuyard de l’aube est un coup dur pour l’égo…. À moins, bien sûr, que l’amant soit un genre de gros ours mal léché qui essuie sa morve avec sa manche; déjeune d’un sandwich Timatin - parce que le repas du matin est le plus important -; lunche chez Lafleur pour remplir les 4 groupes alimentaires prescrits par Santé Canada ; soupe chez Paccini parce que les tomates contiennent des lycopènes, c’est bon pour la prostate. Celui-là se contenterait de peu et son manque de jugement en matière d’esthétisme jouerait en ma faveur. Par contre, un tel prospect présenterait un risque élevé d’incrustation et, mine de rien, j’ai quand même du lavage à faire le lundi matin. Y’a une vie après les Jeux…

(Est-ce qu’on ne s’éloigne pas un peu de notre sujet principal qui était….??)

Bon alors, maintenant je fais quoi de toute cette électricité? Il est à peine 8h30. J’ai un entraînement de bolo expert à 11h00 mais quelque chose doit se passer d’ici là, je bouillonne d’énergie. Je fais le choix du saut en bungie et au même moment, Catimini me grimpe dessus pour réclamer ses caresses en ronronnant comme un frein moteur. Il n’y a certainement aucun lien entre le bungie, le chat et le frein mais de cette suite surgit la question fondamentale de la matinée : Qu’est-ce que j’ai fait de ma brassée de lavage d’hier?
Nom d’un chien, je l’ai laissée à la buanderette… Complètement oublié. Shit de shit de shit de merde!! Mes trois paires de jeans neuves!
Je cours à la buanderie, les deux bottes inversées aux pieds (nouvelle discipline olympique). Pas le temps de m’arrêter, l’endroit vient à peine d’ouvrir. Je dois absolument être la première à passer la porte; mes vêtements sont propres et je les veux.

Sur ma route, je ne croise qu’un humain, un jeune homme avec un gros sac de hockey et des yeux noirs, ronds comme des billes. J’entre en courant et me précipite vers la laveuse. Vide.  Je les ouvre toutes, une à la suite de l’autre, suivi des sécheuses. Vide. Même pas un bas perdu séparé de sa paire. Vide.

Le mec avec le sac de hockey…! C’est lui calvaire! Je ressors en courant. Je vais le pogner l’énergumène. Je vais éventrer son sac avec mes dents. Il va voir de quelle essence de bois dur je me chauffe. Ça y est, je le vois, il est dans la ruelle. Ah oui, fin finaud, le truc de la fuite par la ruelle ?? On ne me la fait pas celle-là.

-Hey! Hey! HEY!

Il stoppe, se retourne.

-C’est à moi que tu parles?

-Ben, qu’est-ce que tu penses? À part la clôture Frost, y’a que toi, fait que….

Je ne lui laisse pas la chance de me demander ce que je lui veux, j’empoigne son sac d’un geste brusque.

-Donnes moi mon linge, maudit voleur!

-Quel linge? T’es malade !! Remets-moi mon sac.

Je tire sur la fermeture éclair et je me mets à tout déballer dans la neige : des patins, des jambières, un protège-sexe, des protège-coudes, des gants, des grandes culottes, un chandail sur lequel je vois un gros numéro 9 et un nom RICHARD.

Je lève les yeux, le regarde en pleine tronche : Maurice Richard. C’est Maurice Richard.  Manquait plus rien que ça...Quelle déception…Christie que je suis pas chanceuse….

-Excuse, man…

Je remballe le tout, lui redonne son sac, l’air un peu confuse, quand même, mais pas du tout admirative. J’en ai rien à foutre du hockey.

Pi c’est surtout que ça ne me rend pas mes jeans…

(Et en conclusion de rien, en fin de compte…)


Toute cette histoire fait que je suis en retard pour mon entraînement de bolo. Alors, en lieu et place et pour me consoler, je vais retourner à l’archi-connu et déjeuner avec des toasts au beurre de pinotte et miel. Je vais en beurrer épais, je vais tout lécher et je vais tartiner une nouvelle couche de chaque élément essentiel parce que ce que j’aime c’est pas les toasts, c’est la garniture.

Ça fini comme ça.
Y’a pas de punch.
3-2 Canada

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