mercredi 31 mars 2010

Invariablement, une fois par semaine, depuis très très longtemps, une journée comme aujourd’hui, on appelle ça un mercredi.

 
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mercredi 24 mars 2010

Le joueur, la junkie, la dépendance (fable)

Au début de tes temps durs, tu as égorgé des cochons, lacéré des lapins vivants, dépouillé des hommes et abandonné ton enfant. Assis au pavillon de la France, insomnolent et captif d’une mécanique superstitieuse, ta convoitise réclame « trois cerises, trois cerises, trois cerises… ».
Tu admires le faux-fini du sertisseur de mirages;  tu n’y vois délibérément que du feu, la tête tranchée en trois fragments. À l’abri, sous la chute stridente des loonies métalliques, le déni, indemne, se planque bien au chaud. Tu es cuit, encore.
↓↓↓↓Insert bills here↓↓↓↓
Minables victoires à l’arrachée pour le compulsif, l’excessif, le sacrifié, l’immolé.
L’homme dit pathologique.


D'après le guide des premiers soins, la descendante de la lignée des Stigmatisées présente encore des signes vitaux, bien qu'exsangue, quasi embaumée. Sous ses fuyantes veines bleues, piquées du rouge-noir d’amours nécrosés par d’obscures et successives nuits d’adieux, une minime réserve d’antigel de survivance.
Au printemps, alors que la crue mène à l’embâcle, ses saisons désorientées remontent le courant en sens inverse, vers le nord du nord, en suppliant « un fix, un fix, un fix... »
Prière d’interrompre le cycle pour dormir, tranquille, crever de fatigue avec une aiguille pleine, plantée solide dans la veine.
L’accro, la désespérée, la sacrifiée, l’immolée.
La femme dite junkie.


Le pendule du sourcier détecte la profondeur du hurlement de la dépendance. En surface, les menottes de barbelés creusent les poignets. Il a plu très fort sur ce que cachait la neige sale, l’heure est venue… Judicieusement, faire un tri dans ses détritus.


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vendredi 19 mars 2010

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Sous la lumière crue d’un ciel voilé:
« toi tu ferais quoi quand tu serais grande ? »


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dimanche 14 mars 2010

En d'autres mots - Jean-Paul Daoust

Marguerite

Le téléphone se transforme en bouquet
Mon sang chute chante gazouille
L'air sent bon comme ta voix
Ah t'entendre!
Quel bonus!
Soleil comestible
Le ciel se pique de marguerites
Mes yeux affolés les effeuillent
Il m'aime   il ne m'aime pas   il m'aime !
Tu ne me quittes pas
Même si nous raccrochons
Le téléphone à nouveau sonne
Un ami me confie qu'il va bientôt mourir
Je m'écroule au milieu des fleurs


Les versets amoureux, Écrits des Forges, 2001


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En d'autres mots - Foglia

   Reste là, dans la beauté des choses qu'exaltent de petites laideurs de temps en temps.  Un bungalow jaune, les colonnades idiotes d'une maison de ferme, le désastre silencieux d'une grange affaissée, un chien hargneux au bout de sa chaîne, la dissymétrie de la vallée hérissée d'arbres nus.
   Respire.

Pierre Foglia.  Respirer  Chronique, La Presse, Samedi 13 mars 2010.


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mardi 2 mars 2010

Coq à l’âne post-olympique (ou, trop de télé rend confuse)

L’astrologie prétend que je suis née sous un signe de feu. Pour une fois, j’y crois car c’est en flammes que je me suis réveillée ce matin. Puisque c’est comme ça, déplaçons les montagnes. Attachez votre chalet avec de la broche car je remuerai aussi les lacs et les rivières, les chutes à haut débit, les volcans en éruption, la pampa argentine et la forêt amazonienne. Vade retro Mont-Tremblant, petite bosse laurentienne, petit pou de tête de ouistiti. Du grandiose seulement, rien de moins. Ça fait deux semaines qu’on nous claironne qu’il faut croire en ses rêves. J’adhère, full pin…

(On va parler de quoi au juste?)

Je m’extirpe de mes draps pour me réfugier rapidement dans mes leggings, mes bas à pompons, et mon vieux polar tramé de poils de chats pour protéger mon cœur arythmique d’athlète en devenir. Je remonte soigneusement le capuchon sur ma tête car le matin, un seul constat possible, toujours le même : je fais dur. C’est une tradition et j’y tiens. En revanche, le soir, c’est en tant que divine tête couronnée que je me glisse au lit.  Nul besoin de témoins oculaires. Croyez-moi sur parole. Tout ce que je raconte est vrai.
Idéalement, ce capuchon devrait être cousu à la partie avant du collet pour dissimuler ce qui injurie effrontément la pureté de ce matin, mais du coup, je n’y verrais plus rien et j’ai besoin de mes yeux crasseux pour me rendre à la toilette afin d’expulser ma merveille de la journée : le pipi jaune or. J’aime mon pipi du matin, j’y peux rien, c’est comme ça… Bien sûr, pure question d’équilibre biologique, l’évacuation d’une mine d’or appelle au remplissage de cristal. J’ingurgite donc une bouteille de 1.5 litre d’eau que je termine en cherchant mon souffle, comme une marathonienne qui aurait passé tous les postes de ravitaillement les yeux fermés.
Je suis affreuse mais la bonne humeur me donne du teint et me fait chanter à pleins poumons « Je ris de me voir si belle en ce miroir ». Ligne fameuse d’un certain opéra que je ne saurais nommer car tout ce que j’ai retenu du grand monde lyrique ce sont quelques airs de Carmen entendus sur les disques de mes parents.

Près des remparts de Séville
Chez mon ami(e?) Lilas Pastia
J’irai danser la séguédille
Boire du manzanilla

J’entendais toujours J’irai danser la C cédille, et ça faisait ma journée à chaque fois…

(OK. Petit moment de nostalgie pour aboutir à quoi…?)

Ce qui était chouette dans Carmen c’était de reconnaître des mots en français car l’opéra, c’était d’abord et avant tout la musique plate de la salle d’attente du docteur Lépine. Des hurlements de « madame » horrifiées qui criaient de douleur pour moi car j’allais, dans les prochaines minutes, me faire piquer le bras gauche, le bras droit ou une fesse; me faire donner des coups de marteau sur les genoux ou entendre l’ultime « Va falloir hospitaliser votre fille quelques jours » . Noooon, pas ça, pitié. Je veux mourireu… (quatrième octave)

(Mais revenons plutôt à la suite de notre confusion…)


Le pire de moi doit donc rester bien visible pour des questions pratiques d’orientation spatiale et de sécurité personnelle. Dans ces circonstances, je me réjouis d’appliquer à la lettre la ligne dure du célibat et de l’abstinence. Voir l’amant de la veille devenir le fuyard de l’aube est un coup dur pour l’égo…. À moins, bien sûr, que l’amant soit un genre de gros ours mal léché qui essuie sa morve avec sa manche; déjeune d’un sandwich Timatin - parce que le repas du matin est le plus important -; lunche chez Lafleur pour remplir les 4 groupes alimentaires prescrits par Santé Canada ; soupe chez Paccini parce que les tomates contiennent des lycopènes, c’est bon pour la prostate. Celui-là se contenterait de peu et son manque de jugement en matière d’esthétisme jouerait en ma faveur. Par contre, un tel prospect présenterait un risque élevé d’incrustation et, mine de rien, j’ai quand même du lavage à faire le lundi matin. Y’a une vie après les Jeux…

(Est-ce qu’on ne s’éloigne pas un peu de notre sujet principal qui était….??)

Bon alors, maintenant je fais quoi de toute cette électricité? Il est à peine 8h30. J’ai un entraînement de bolo expert à 11h00 mais quelque chose doit se passer d’ici là, je bouillonne d’énergie. Je fais le choix du saut en bungie et au même moment, Catimini me grimpe dessus pour réclamer ses caresses en ronronnant comme un frein moteur. Il n’y a certainement aucun lien entre le bungie, le chat et le frein mais de cette suite surgit la question fondamentale de la matinée : Qu’est-ce que j’ai fait de ma brassée de lavage d’hier?
Nom d’un chien, je l’ai laissée à la buanderette… Complètement oublié. Shit de shit de shit de merde!! Mes trois paires de jeans neuves!
Je cours à la buanderie, les deux bottes inversées aux pieds (nouvelle discipline olympique). Pas le temps de m’arrêter, l’endroit vient à peine d’ouvrir. Je dois absolument être la première à passer la porte; mes vêtements sont propres et je les veux.

Sur ma route, je ne croise qu’un humain, un jeune homme avec un gros sac de hockey et des yeux noirs, ronds comme des billes. J’entre en courant et me précipite vers la laveuse. Vide.  Je les ouvre toutes, une à la suite de l’autre, suivi des sécheuses. Vide. Même pas un bas perdu séparé de sa paire. Vide.

Le mec avec le sac de hockey…! C’est lui calvaire! Je ressors en courant. Je vais le pogner l’énergumène. Je vais éventrer son sac avec mes dents. Il va voir de quelle essence de bois dur je me chauffe. Ça y est, je le vois, il est dans la ruelle. Ah oui, fin finaud, le truc de la fuite par la ruelle ?? On ne me la fait pas celle-là.

-Hey! Hey! HEY!

Il stoppe, se retourne.

-C’est à moi que tu parles?

-Ben, qu’est-ce que tu penses? À part la clôture Frost, y’a que toi, fait que….

Je ne lui laisse pas la chance de me demander ce que je lui veux, j’empoigne son sac d’un geste brusque.

-Donnes moi mon linge, maudit voleur!

-Quel linge? T’es malade !! Remets-moi mon sac.

Je tire sur la fermeture éclair et je me mets à tout déballer dans la neige : des patins, des jambières, un protège-sexe, des protège-coudes, des gants, des grandes culottes, un chandail sur lequel je vois un gros numéro 9 et un nom RICHARD.

Je lève les yeux, le regarde en pleine tronche : Maurice Richard. C’est Maurice Richard.  Manquait plus rien que ça...Quelle déception…Christie que je suis pas chanceuse….

-Excuse, man…

Je remballe le tout, lui redonne son sac, l’air un peu confuse, quand même, mais pas du tout admirative. J’en ai rien à foutre du hockey.

Pi c’est surtout que ça ne me rend pas mes jeans…

(Et en conclusion de rien, en fin de compte…)


Toute cette histoire fait que je suis en retard pour mon entraînement de bolo. Alors, en lieu et place et pour me consoler, je vais retourner à l’archi-connu et déjeuner avec des toasts au beurre de pinotte et miel. Je vais en beurrer épais, je vais tout lécher et je vais tartiner une nouvelle couche de chaque élément essentiel parce que ce que j’aime c’est pas les toasts, c’est la garniture.

Ça fini comme ça.
Y’a pas de punch.
3-2 Canada

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