mardi 2 mars 2010

Coq à l’âne post-olympique (ou, trop de télé rend confuse)

L’astrologie prétend que je suis née sous un signe de feu. Pour une fois, j’y crois car c’est en flammes que je me suis réveillée ce matin. Puisque c’est comme ça, déplaçons les montagnes. Attachez votre chalet avec de la broche car je remuerai aussi les lacs et les rivières, les chutes à haut débit, les volcans en éruption, la pampa argentine et la forêt amazonienne. Vade retro Mont-Tremblant, petite bosse laurentienne, petit pou de tête de ouistiti. Du grandiose seulement, rien de moins. Ça fait deux semaines qu’on nous claironne qu’il faut croire en ses rêves. J’adhère, full pin…

(On va parler de quoi au juste?)

Je m’extirpe de mes draps pour me réfugier rapidement dans mes leggings, mes bas à pompons, et mon vieux polar tramé de poils de chats pour protéger mon cœur arythmique d’athlète en devenir. Je remonte soigneusement le capuchon sur ma tête car le matin, un seul constat possible, toujours le même : je fais dur. C’est une tradition et j’y tiens. En revanche, le soir, c’est en tant que divine tête couronnée que je me glisse au lit.  Nul besoin de témoins oculaires. Croyez-moi sur parole. Tout ce que je raconte est vrai.
Idéalement, ce capuchon devrait être cousu à la partie avant du collet pour dissimuler ce qui injurie effrontément la pureté de ce matin, mais du coup, je n’y verrais plus rien et j’ai besoin de mes yeux crasseux pour me rendre à la toilette afin d’expulser ma merveille de la journée : le pipi jaune or. J’aime mon pipi du matin, j’y peux rien, c’est comme ça… Bien sûr, pure question d’équilibre biologique, l’évacuation d’une mine d’or appelle au remplissage de cristal. J’ingurgite donc une bouteille de 1.5 litre d’eau que je termine en cherchant mon souffle, comme une marathonienne qui aurait passé tous les postes de ravitaillement les yeux fermés.
Je suis affreuse mais la bonne humeur me donne du teint et me fait chanter à pleins poumons « Je ris de me voir si belle en ce miroir ». Ligne fameuse d’un certain opéra que je ne saurais nommer car tout ce que j’ai retenu du grand monde lyrique ce sont quelques airs de Carmen entendus sur les disques de mes parents.

Près des remparts de Séville
Chez mon ami(e?) Lilas Pastia
J’irai danser la séguédille
Boire du manzanilla

J’entendais toujours J’irai danser la C cédille, et ça faisait ma journée à chaque fois…

(OK. Petit moment de nostalgie pour aboutir à quoi…?)

Ce qui était chouette dans Carmen c’était de reconnaître des mots en français car l’opéra, c’était d’abord et avant tout la musique plate de la salle d’attente du docteur Lépine. Des hurlements de « madame » horrifiées qui criaient de douleur pour moi car j’allais, dans les prochaines minutes, me faire piquer le bras gauche, le bras droit ou une fesse; me faire donner des coups de marteau sur les genoux ou entendre l’ultime « Va falloir hospitaliser votre fille quelques jours » . Noooon, pas ça, pitié. Je veux mourireu… (quatrième octave)

(Mais revenons plutôt à la suite de notre confusion…)


Le pire de moi doit donc rester bien visible pour des questions pratiques d’orientation spatiale et de sécurité personnelle. Dans ces circonstances, je me réjouis d’appliquer à la lettre la ligne dure du célibat et de l’abstinence. Voir l’amant de la veille devenir le fuyard de l’aube est un coup dur pour l’égo…. À moins, bien sûr, que l’amant soit un genre de gros ours mal léché qui essuie sa morve avec sa manche; déjeune d’un sandwich Timatin - parce que le repas du matin est le plus important -; lunche chez Lafleur pour remplir les 4 groupes alimentaires prescrits par Santé Canada ; soupe chez Paccini parce que les tomates contiennent des lycopènes, c’est bon pour la prostate. Celui-là se contenterait de peu et son manque de jugement en matière d’esthétisme jouerait en ma faveur. Par contre, un tel prospect présenterait un risque élevé d’incrustation et, mine de rien, j’ai quand même du lavage à faire le lundi matin. Y’a une vie après les Jeux…

(Est-ce qu’on ne s’éloigne pas un peu de notre sujet principal qui était….??)

Bon alors, maintenant je fais quoi de toute cette électricité? Il est à peine 8h30. J’ai un entraînement de bolo expert à 11h00 mais quelque chose doit se passer d’ici là, je bouillonne d’énergie. Je fais le choix du saut en bungie et au même moment, Catimini me grimpe dessus pour réclamer ses caresses en ronronnant comme un frein moteur. Il n’y a certainement aucun lien entre le bungie, le chat et le frein mais de cette suite surgit la question fondamentale de la matinée : Qu’est-ce que j’ai fait de ma brassée de lavage d’hier?
Nom d’un chien, je l’ai laissée à la buanderette… Complètement oublié. Shit de shit de shit de merde!! Mes trois paires de jeans neuves!
Je cours à la buanderie, les deux bottes inversées aux pieds (nouvelle discipline olympique). Pas le temps de m’arrêter, l’endroit vient à peine d’ouvrir. Je dois absolument être la première à passer la porte; mes vêtements sont propres et je les veux.

Sur ma route, je ne croise qu’un humain, un jeune homme avec un gros sac de hockey et des yeux noirs, ronds comme des billes. J’entre en courant et me précipite vers la laveuse. Vide.  Je les ouvre toutes, une à la suite de l’autre, suivi des sécheuses. Vide. Même pas un bas perdu séparé de sa paire. Vide.

Le mec avec le sac de hockey…! C’est lui calvaire! Je ressors en courant. Je vais le pogner l’énergumène. Je vais éventrer son sac avec mes dents. Il va voir de quelle essence de bois dur je me chauffe. Ça y est, je le vois, il est dans la ruelle. Ah oui, fin finaud, le truc de la fuite par la ruelle ?? On ne me la fait pas celle-là.

-Hey! Hey! HEY!

Il stoppe, se retourne.

-C’est à moi que tu parles?

-Ben, qu’est-ce que tu penses? À part la clôture Frost, y’a que toi, fait que….

Je ne lui laisse pas la chance de me demander ce que je lui veux, j’empoigne son sac d’un geste brusque.

-Donnes moi mon linge, maudit voleur!

-Quel linge? T’es malade !! Remets-moi mon sac.

Je tire sur la fermeture éclair et je me mets à tout déballer dans la neige : des patins, des jambières, un protège-sexe, des protège-coudes, des gants, des grandes culottes, un chandail sur lequel je vois un gros numéro 9 et un nom RICHARD.

Je lève les yeux, le regarde en pleine tronche : Maurice Richard. C’est Maurice Richard.  Manquait plus rien que ça...Quelle déception…Christie que je suis pas chanceuse….

-Excuse, man…

Je remballe le tout, lui redonne son sac, l’air un peu confuse, quand même, mais pas du tout admirative. J’en ai rien à foutre du hockey.

Pi c’est surtout que ça ne me rend pas mes jeans…

(Et en conclusion de rien, en fin de compte…)


Toute cette histoire fait que je suis en retard pour mon entraînement de bolo. Alors, en lieu et place et pour me consoler, je vais retourner à l’archi-connu et déjeuner avec des toasts au beurre de pinotte et miel. Je vais en beurrer épais, je vais tout lécher et je vais tartiner une nouvelle couche de chaque élément essentiel parce que ce que j’aime c’est pas les toasts, c’est la garniture.

Ça fini comme ça.
Y’a pas de punch.
3-2 Canada

*******

5 commentaires:

Carl Poulin a dit…

1-Merci! Quelle chance de vous lire! Flux illogique calqué sur le mouvement de la vie.

2-Maurice Richard. Un "pas de culture", sans doute, fils d'ouvrier. Mais n'a-t-il pas été dit que "s'il y a un espoir, il est chez les prolétaires"*. Son visage stoïque a marqué un point d'orgue de notre petite histoire; Il a conduit la charrette de ce qu'ils appellent "la révolution tranquille", un certain soir de mars 1955. Ni avec ses mots ni avec son "brain". En se chamaillant avec un anglais.

*Orwell, 1984

3-J'aimerais bien que quelqu'une, un jour, m'invite à danser la C cédille. Coup de foudre assuré, je pense...

normandottir a dit…

1) Oh mais....merci. Merci, merci

2) figure emblématique, assurément

3) La C cédille est une danse de totale dépendance. On raconte qu' à Séville, le C est incarné par l'homme; la cédille par la femme. Oui, on pourrait croire le contraire, mais non. L'idée de cette danse est que la cédille doit rester fermement aggripée au C. Celui des deux qui lâche prise est condamnée à la danse en ligne pour le reste de la soirée.
Les petits enfants y sont inités dès qu'ils apprennent à marcher, en se tenant par la main, tout simplement.
Je suis certaine qu'il se trouve plusieurs "quelqu'une" qui seraient flattées, voire honorées, de vous faire danser la C cédille. Le coup de foudre pour cette danse peut être total si les protagonistes démontrent un certain talent pour l'improvisation...Sinon, de généreuses rasades de manzanilla pourraient aider la cause...

Carl Poulin a dit…

1-La manzanilla est une sorte d'olive qui se vend à l'épicerie. Personne ne m'obligera jamais à boire de cette saumure. Renseignez vous au IGA près de chez vous, on vous indiquera dans quel rayon vous pourrez les trouver.
2-Je connais bien la danse de saint-guy, qui est une danse d'indépendance. M. Saint-guy est mon "patron" préféré. Faudra que je pense à lui allumer un bout de cierge d'ailleurs. Il y a si longtemps.
3-Bonne nuit.

normandottir a dit…

1La manzanilla est aussi un vin espagnol, parait-il, monsieur P.
2Et la danse de St-Guy une maladie... Vous êtes pas bien? On va prendre une marche un de ces quatre? Je vous montrerai p-ê un pas de C cédille pour vous faire sourire...
3Bon matin

Carl Poulin a dit…

Oui, d'accord... une marche printanière, bientôt, ça pourrait être chouette.