mercredi 24 mars 2010

Le joueur, la junkie, la dépendance (fable)

Au début de tes temps durs, tu as égorgé des cochons, lacéré des lapins vivants, dépouillé des hommes et abandonné ton enfant. Assis au pavillon de la France, insomnolent et captif d’une mécanique superstitieuse, ta convoitise réclame « trois cerises, trois cerises, trois cerises… ».
Tu admires le faux-fini du sertisseur de mirages;  tu n’y vois délibérément que du feu, la tête tranchée en trois fragments. À l’abri, sous la chute stridente des loonies métalliques, le déni, indemne, se planque bien au chaud. Tu es cuit, encore.
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Minables victoires à l’arrachée pour le compulsif, l’excessif, le sacrifié, l’immolé.
L’homme dit pathologique.


D'après le guide des premiers soins, la descendante de la lignée des Stigmatisées présente encore des signes vitaux, bien qu'exsangue, quasi embaumée. Sous ses fuyantes veines bleues, piquées du rouge-noir d’amours nécrosés par d’obscures et successives nuits d’adieux, une minime réserve d’antigel de survivance.
Au printemps, alors que la crue mène à l’embâcle, ses saisons désorientées remontent le courant en sens inverse, vers le nord du nord, en suppliant « un fix, un fix, un fix... »
Prière d’interrompre le cycle pour dormir, tranquille, crever de fatigue avec une aiguille pleine, plantée solide dans la veine.
L’accro, la désespérée, la sacrifiée, l’immolée.
La femme dite junkie.


Le pendule du sourcier détecte la profondeur du hurlement de la dépendance. En surface, les menottes de barbelés creusent les poignets. Il a plu très fort sur ce que cachait la neige sale, l’heure est venue… Judicieusement, faire un tri dans ses détritus.


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2 commentaires:

Carl Poulin a dit…

Je l'aime, ce texte.

alias joanna normandottir a dit…

merci, honorable membre 0001