vendredi 17 décembre 2010

Rire en bottes


Maintenant que j’ai des bottes neuves, je n’ai plus rien à craindre de tes creux, de tes fronts et de tes courants-jets.  Je me livre à tes canines nordiques qui s’émoussent déjà au contact de ma résistance. Tu peux survoler les Grands Lacs et claironner ton arrivée autant que tu voudras, je hisse le thorax en poussant des petits gémissements irrépressibles, assise à califourchon sur tes systèmes instables, aussi excitée qu'une mouche sur un bloc de marbre brut.  En pure perte, tiens-toi le pour dit, tu finiras ta saison sur les gencives.
Tu ne paralyseras pas le moindre de mes pores, hiver, car je suis prête pour l'affrontement, la tuque tirée jusqu’au menton et la tête poussée au fond du capuchon.  Dans mon isoloir de plumes et de poils,  sous tes cieux bleus séduisants et trompeurs de bord en bord, mon rire rivalisera de blancheur avec ton grand couvre-plancher en hermine miteuse.
Mes muscles seront tendus et cassants mais je n'ai pas peur d'apprendre jusqu’où la douleur peut aller, animée par le désir de ressentir dans mes entrailles bénies, l’héritage matrilinéaire de celle qui a enfanté un bébé auréolé dans une cabane en bois de grange, réchauffée par un âne, un boeuf et pas de truie.
Ployer, certes, mais bonne chance pour me casser, mon vieux.

Je ne t’ai jamais beaucoup aimé mais je t’ai enduré, la morve au nez et les amygdales en feu, en bottes de ski-doo, en patins de fantaisie, en bottines de ski, en mocassins, en cuirette perméable, en running shoes, en crampons, en Doc Martens, en Blundstone, en cuir, en vinyle, en plastique, en caoutchouc, en loup-marin, en nubuck.  J’ai enveloppé mes pieds dans des sacs à pain et du papier journal, les ai saupoudrés de poivre de cayenne et de piments broyés.  J'ai ajouté des semelles en minou, en pitou, en caribou.  J'ai acheté des calorifères de poche et des bas testés sur les banquises par des ours polaires, des mitaines portées par des manchots empereurs.  J’ai porté des bottes par-dessus d’autres bottes.  Je sais tout ce qu’il faut faire, alors cette fois-ci j’ai l’intention de me jeter dans tes congères, en dépit de ton intention sincère de me faire suer, façon de parler. Tu peux cocher la case à côté du mot échec car je vais t'aimer sans coup férir, te licher la face et me coller la langue sur ton beau grand suit en glace.  Liche liebe dich.

Tu veux ma peau?
Oublie ça
Je mourrai en été




dimanche 5 décembre 2010

demande légitime


permis 
     qu'un corps
     étranger
     se dessine
un ton
des ondes
      une manière
      de voir
un air
d'allié
      une façon de trahir
      l'armure scrupuleuse
      derrière des paupières de dentelles
une grande beauté
      cachée malhabile
      sous l'impudique
      drap de la marée basse
                         les pieds dépassent
permis
      les nuages à la pelle
      les châteaux de sable
      la vie en rose 
      et les fleurs bleues 
permis
      le voeu
      qu’un jour
      un seul
      un seul
      se prenne à son jeu